Mardi à Champassak

Mardi 19

Levés de bonne heure pour la cérémonie des offrandes. On aurait pu aller la voir à Wat Phou, il paraît que c’est incroyable de voir ces milliers de fidèles donner leurs offrandes aux quelques 300 moines venus de tout le Laos et même de Thaïlande pour certains, mais là, il aurait fallu partir à 6h ! Notre cérémonie (à 7h) est plus modeste mais ne manque pas de charme, et je suis surprise qu’on ait le droit de faire des offrandes alors qu’on n’est pas boudhiste, mais ça n’a pas l’air d’être un problème.

Les moines ont des serviteurs qui les suivent avec de grands sacs plastiques dans lesquelles ils mettent des offrandes en vrac, y compris le riz gluant, mais pas les billets quand même ! Les offrandes sont variées, en fonction des moyens des gens. Il faut au moins donner du riz et un petit billet. Le reste est laissé libre et aujourd’hui, les gens donnent plus parce que c’est la fête, friandises, fruits, objets…D’habitude, ils ne recueillent que de la nourriture auprès de la population.

Entourés de Nivalanh et Claude
Tous ces gens sont une bonne partie de leur famille, neveux et nièces, oncles et tantes…
Les moines et leurs serviteurs

La cérémonie finie, on éteint les bougies

La ville de Champassak est divisée en quartiers, chaque a son temple et ses moines. D’après ce que j’ai pu comprendre, il y a une espèce de lutte de pouvoir entre les différents quartiers pour être bien vus du maire ou du gouverneur, je ne sais pas trop. Nivalanh parle bien français mais des fois, j’ai vraiment du mal à la suivre, elle a un sacré accent et Claude l’interrompt souvent pour rajouter quelque chose, du coup, c’est confus. A ce que j’ai cru comprendre, la famille de Nilavanh avait une grande renommée et beaucoup de terre jusqu’en 1975, date à laquelle les communistes du Cambodge et du Vietnam,prenant le pouvoir dans leurs pays respectifs, seront imités par certains au Laos, instaurant la République Démocratique Populaire Lao. Plus de 40000 laotiens seront envoyés dans des camps et 8% de la population va fuir, dont Nilavanh et sa famille qui viendront se réfugier en France. Ils reviendront pour certains dans les années 2000, mais ont été spoliés de la plupart de leur terres et de leurs habitations. La mère de Nilavanh a quand même pu récupérer certains biens et elle est « gourou » (à priori, ça n’a pas le même sens que chez nous, ce n’est pas péjoratif du tout), d’où une certaine « renommée » dans la ville de cette famille.

Au programme aujourd’hui, hôpital et école puis sieste pour Paul pendant que je fais une petite lessive (je vous rassure, c’est exceptionnel, je la fais faire la plupart du temps), avant d’aller au Wat Phou voir la soirée de clôture du festival.

On part donc à Dontalat, je suis contente de montrer à Paul la route que j’ai empruntée ces 15 derniers jours et les endroits où j’ai travaillé, il devient très vite doué pour éviter les vaches, les chiens, les mini-tracteurs…

À l’hôpital, c’est le désert… Pas un médecin, quelques infirmières, quelques patients hospitalisés, mais personne dans le hall d’attente. Je demande où est Choun à une infirmière qui me fait comprendre qu’il n’est pas là, que c’est Wat Phou. J’en conclus que pendant ces trois jours de festival, personne n’est malade… On laisse toutes les orthèses à l’infirmière à qui j’arrive à faire comprendre que je compte sur elle pour les donner à Choun (lequel m’enverra un message le lendemain pour me remercier).

Puis direction l’école où c’est la même déception, personne, c’est Wat Phou ! On donne les affaires de bébé que Paul m’avait amenées à des familles voisines de l’école qui ont des petits enfants. Je savais que Sophavanh leur avait offertes celles que je lui avais amenées.

De retour à la guesthouse, on s’installe, Paul découvre ma résidence secondaire, trouve que c’est paisible (même si c’est plus animé que d’habitude à cause des trois jours de fête).

J’aime beaucoup leurs abat-jours, qui servent normalement à enfermer leurs coqs

En fin d’après-midi, nous nous rendons sur le site de Wat Phou pour la cérémonie des lumières qui a lieu vers 19 heures, en arrivant plus tôt, ça nous laisse le temps de nous imprégner des lieux, mais pas de monter tout en haut de la colline pour voir le Bouddha.

Image piquée sur internet, pas à cette saison, c’est trop vert 😉
L’allée où aura lieu la procession

Il paraît que c’est leur Woodstock…c’est déroutant ce mélange de religion et de foire à tout. Heureusement qu’on nous a prévenu que ce serait sale… C’est quand même un choc quand on découvre l’état du site après trois jours de festival.

Normalement, c’est un beau point d’eau…
Les vaches aiment fouiller au milieu des sacs poubelles

Il n’y a pas grand-monde encore, c’est le break avant la soirée. Il y a 1 km de marchands ambulants, bouffe, fringues, chaussures, jouets, téléphones…et au bout de cette allée, deux stands de moines, on a l’impression qu’ils recrutent, comme sur les stands de l’armée au salon de l’étudiant 😉

Les photos ne sont pas de bonne qualité 😦

droite de moi, une bonze, en blanc

Le site est divisé en deux, une partie à l’entrée pour les païens et plus loin vers le temple pour les fidèles. De ce côté, il y a des femmes moines sur les deux côtés de l’allée, elles sont en blanc et proposent des bracelets assortis de prières moyennant un petit billet. Après avoir marché un peu, nous nous risquons à goûter la nourriture locale, demi poulet sur sa broche, sticky rice et salade de papaye verte. Ce n’est pas mauvais mais très épicé.

On achète des lanternes pour participer avec tout le monde et on déambule un peu au milieu des gens qui commencent à affluer. Il y a tout d’abord une longue procession, des moines sont suivis par la foule, chacun a une torche, une bougie, c’est très joli. Petit à petit, des lanternes s’élèvent dans le ciel, nous faisons partir les nôtres qui s’envolent haut et longtemps. On a chassé nos mauvais esprits et envoyé nos prières au ciel.

Les moines, au milieu de l’image, en orange, commencent la procession

Il faut faire le plein d’air

Voilà ce que ça donne une fois prêt

Toute l’allée est éclairée en couleur, on ne voit pas bien mais c’était joli 😉
Les lanternes dans la nuit, ça dure longtemps, au moins trois heures pendant lesquelles des lanternes s’envolent à tour de rôle

À la fin de la prière qui a duré 30 minutes (pendant lesquelles toutes les musiques se sont arrêtées), place à la fête, il y a un bar à bière avec un DJ, un groupe de chanteurs juste en face puis un autre plus loin encore, je ne sais pas comment ils arrivent à jouer, tous les sons se mélangent, c’est très fort.

Nous finissons la soirée sur une esplanade avec une scène qui rappelle celle de Beauregard (en plus petit), la foule est assez dense, on se met au fond, en retrait, pour pouvoir tout voir. Autour de nous, certains sont venus jusque-là en scooter et sont assis dessus pour profiter pleinement du spectacle, c’est la version du « drive-in » à la laotienne dixit Paul. C’est très familial aussi.

Lever de la pleine lune qui se reflète sur le lac, je vous jure, c’était beau 😉
Essayez d’imaginer une scène très lumineuse avec un chanteur au milieu…

Il y a une première partie avec un duo de chanteurs, on ne comprend pas les paroles de leurs chansons mais aux gestes, très suggestifs, ça parle de sexe, ce qui est étonnant quand on sait qu’ils sont très pudiques, qu’ils ne se touchent jamais en public, et pas vraiment en privé non plus. Après eux, le chanteur vedette est un thaïlandais très célèbre à en croire l’enthousiasme qu’il déclenche à son arrivée. Ses chansons sont plutôt sympas. Les laotiens n’applaudissent pas, mais pas du tout, au mieux, ils bougent leurs bras en l’air ! C’est bizarre pour nous mais ils ont l’air de s’éclater et le chanteur enchaîne ses chansons après un petit blanc entre chaque. On passe une bonne soirée et on rentre sans encombre, sans vache sur la route (elles dorment) et avant la plupart des gens, comme recommandé par le proprio de la guesthouse, pour éviter les gens bourrés, vu comme ils conduisent quand ils sont sobres, je n’ose pas imaginer après quelques bières ou leur whisky local…

Laisser un commentaire