Vientiane

Après la mission, je m’étais gardée quatre jours pour décompresser et me remettre de la mission. Je n’ai pas fait grand-chose le samedi puisque j’étais encore malade, par contre le dimanche, j’ai pris l’avion pour Vientiane où j’ai réservé trois nuits. J’ai réussi à me promener dans la ville dans mes moments sans fièvre. L’hôtel proposait un prêt de vélo, c’était une super idée, la ville est plate et cela m’a permis de bien la sillonner. On sent indéniablement une ville plus moderne que Paksé, très proche des villes thaïlandaises dans le nombre de boutiques, le mode de vie, c’est très touristique. Il y a un centre historique qui n’est pas très grand dans lequel il y a quelques monuments à voir. Je n’ai pas eu l’occasion de faire les deux principaux musées, je reviendrai.

Le dernier jour, j’avais pris un rendez-vous pour Phonsavanh avec un médecin russe, spécialisé dans les hépatites C, qui bosse au Centre Médical Français où Didier fait des remplacements. Phonsavanh est arrivée la veille au matin, en bus de nuit (douze heures de voyage), elle n’a jamais voulu prendre l’avion parce qu’elle a trop peur. Elle ne l’a pris qu’une seule fois, avec son mari, quand elle a dû venir à Vientiane faire sa sérologie la première fois et ne voulait pas recommencer. Ce qui est chouette c’est qu’elle est venue seule, on a donc eu beaucoup de temps pour parler, même si des fois c’est épique parce qu’elle prononce tellement mal les mots que je dois lui demander d’épeler pour comprendre de quoi elle parle ! Elle admet que ces élèves parlent mieux anglais qu’elle 😂. J’ai appris qu’elle n’est jamais sortie de Paksé à part pour aller à Sékong (130 km) ou Salavan (120 km), une fois chaque. Le week-end, elle ne se promène qu’autour de Paksé mais pas souvent, la plupart du temps, elle prépare ses cours, s’occupe de sa maison et va aider ses parents qui ont une ferme dans les environs de Paksé. C’était donc sa deuxième fois à Vientiane, elle avait très envie de se promener dans la ville avec moi. Lors de son premier séjour, son mari et elle n’étaient allés que de l’aéroport à l’hôpital et retour ! Nous avons donc sillonné un peu le centre ville, Phonsavanh n’avait pas envie de faire un musée, je pense qu’en fait elle ne savait pas ce que c’était et je n’ai pas insisté.

Nous nous sommes rendues au rendez-vous, Valéry, le médecin, parle laotien couramment et c’est super parce qu’il a pu lui expliquer tout de façon à ce qu’elle comprenne bien. Son médecin à Paksé lui avait donné que peu d’explications et à part lui dire de ne pas manger de viande (???) et de faire de l’exercice pour son foie (sans lui en montrer un seul !), il n’a pas été explicite sur sa maladie. Là, Valéry lui a expliqué que le traitement est très efficace (90% de réussite), qu’il faut le prendre 3 mois pour être sûr, qu’il faudra refaire une sérologie au bout de deux mois pour s’assurer qu’elle répond bien au traitement. Il lui a dit que si elle ne le prenait pas, vue sa charge virale très élevée, elle aurait une cirrhose ou un cancer du foie dans les deux à cinq ans. Le coût du traitement est effectivement très cher, plus de 400€ par mois. Heureusement, grâce à la générosité de ma famille et de mes amis à qui j’ai demandé de l’aide pour Phonsavanh, j’ai pu réunir la somme nécessaire. Elle est repartie avec son traitement, comme s’il s’agissait d’un trésor, ce qu’il est après tout. Elle a demandé qu’on marche jusqu’à l’hôtel plutôt que de prendre un tuk-tuk, j’ai bien vu qu’elle était un peu secouée. Au bout d’un moment, elle s’est arrêtée et m’a demandé « alors, je ne vais pas mourir ? », j’en ai eu les larmes aux yeux, je n’avais pas réalisé qu’elle avait eu si peur. Je l’ai rassurée et je lui ai dit qu’elle allait pouvoir profiter encore très longtemps de son mari et de ses enfants. Lesquels vont pouvoir aller dans une bonne école (payante) pour faire de bonnes études puisque le traitement est payé sans qu’elle ait eu besoin de toucher aux économies qu’elle avait réussies à faire (elle avait à peine de quoi payer un mois de traitement mais ça prouve sa détermination à vouloir se soigner, quitte à sacrifier d’autres choses). Je profite de ce blog pour remercier de sa part (et de la mienne) tout ceux qui l’ont aidée, elle vous souhaite à tous une longue vie et beaucoup de bonheur.

Voilà, c’est la fin de mes aventures asiatiques de l’année, rendez-vous l’année prochaine à la même époque, je suis motivée pour repartir en mission, c’est vraiment très enrichissant 😃.

Km 43 sur la route de Paksong, 3ème lieu de travail pour la mission

Nous sommes installés chez le père François qui nous prête gentiment les locaux. De jeunes catholiques nous prêtent main-forte pour tout installer. Ils n’auront de cesse de nous rendre service pendant les deux jours et demi que nous passerons là-bas.

Nous sommes attendus par des villageois qui ont souvent fait une heure et demi de route pour venir nous voir. Ils arrivent dans des pick-up contenant des familles entières. La grande majorité d’entre eux sont des ouvriers agricoles dans les plantations de thé ou café du plateau des Bolovens. Pour nous les chiros, ça ne changera pas beaucoup au niveau des motifs de consultation, lombalgies et hautes dorsalgies 😜. Dès la première journée, le rythme est intense, on ne voit pas passer le temps. On a eu la visite des traditionnels espionnes du gouvernement, mais cette fois, elles n’ont fait que passer, contrairement à il y a trois ans où deux d’entre elles nous avaient collés au basque tout le temps de la mission ou presque ! Je pense qu’on est devenu « officiels » donc il y a moins besoin de nous surveiller.

Dès le premier jour, Luc, l’assistant dentaire, est malade, il sera remplacé par plusieurs volontaires auprès des dentistes. Le lendemain c’est mon tour, je ne parviens pas à finir la matinée, je suis obligée de me coucher, j’ai beaucoup de fièvre. Je vais dormir jusqu’en fin d’après-midi, je laisse Léa bosser toute seule, elle assure comme un chef. Elle fera également toute seule la journée d’après puisque je suis toujours au fond du lit avec tous les symptômes d’une grippe. Je trouve que je suis souvent malade cette année 😩. Les photos suivantes ne sont pas les miennes, je les ai récupérées sur le groupe WhatsApp, la qualité n’est pas top pour certaines mais vous aurez un aperçu de nos patients.

Et voilà, cette nouvelle mission d’hiver des Amis de Paksé s’achève, nous avons soigné en tout : 395 (le médecin) + 244 (les dentistes) + 279(les chiros) soit 918 patients sur 10 jours de consultations. Nous sommes ravis d’avoir autant travaillé. Après le traditionnel pot de départ, nous nous sommes séparés tout en espérant nous retrouver l’année prochaine 😃.

Mission à Don Daeng

C’est sympa de bosser sur une île, tous les matins et tous les soirs nous prenons une pirogue pour aller travailler, c’est plus classe que le métro !

Nous avons beaucoup de patients à voir sur l’île, le médecin a un flot régulier de gens, pour les dentistes et nous, c’est plus fluctuant. Par moment on n’arrête pas puis on peut avoir un gros temps calme. On en profite pour souffler un peu, Sylvie nous a concocté un beau coffee break avec bananes, séchées ou non, noix de coco, bref de quoi refaire le plein d’énergie pour être au top. On a beaucoup de femmes le matin, les hommes doivent être au boulot, ils viennent souvent sur les conseils de leur femmes l’après-midi. On a la même population qu’à Oudomsouk : des « farmers ». Les pathologies qu’on rencontre sont essentiellement liées à leur boulot physique, lombalgies (avec ou sans sciatique) et douleur dans les épaules, cervicalgies. Chez les plus âgés, beaucoup d’arthrose, notamment des genoux, et du bas du dos avec une réelle ankylose. Ils n’ont pas de kiné pour les aider à entretenir leurs articulations alors, avec Léa, dès que nous le pouvons, nous leur donnons des petites astuces pour améliorer leur quotidien et/ou des petits exercices. Je me souviens d’une bonne partie de rigolade avec une patiente, environ soixante-cinq ans mais paraissant dix de plus, qui venait pour une grosse arthrose d’un genou, vraiment importante puisqu’elle ne pouvait quasiment plus le plier. Je lui demande à quel moment ça la gêne le plus et quand ma traductrice lui pose la question et qu’elle répond, elle n’ose pas me traduire. J’insiste en disant que c’est important et elle finit par me lâcher du bout des lèvres que c’est quand elle doit faire pipi et que c’est pire « pour la grosse commission ». La patiente est hilare, du coup je ris avec elle parce qu’elle se moque de la pudibonderie de ma traductrice. Après avoir bien ri, je lui explique comment elle peut faire même si elle ne m’a pas attendue et a déjà mis en place des astuces. Je vous rappelle qu’ils n’ont pas de toilettes avec un siège, c’est en grande majorité dans les villages des toilettes « à la turc », donc difficile de s’y accroupir quand les genoux ne se plient pas bien. Je lui ai conseillé d’acheter une chaise en plastique (ils en vendent partout ici) et de la percer pour pouvoir faire ses besoins assise. Ça l’a beaucoup amusée au départ puis elle a semblé y réfléchir et a trouvé l’idée bonne et en plus, elle pliait bien mieux le genou après ma séance 😃.

Une matinée, nous faisons un saut dans une école pour que les dentistes puissent faire un cours de prévention dentaire auprès des élèves.

Sur le chemin du retour vers le temple, j’ai pris quelques photos de cette partie de l’île :

Le dernier jour de notre travail sur l’île, nous avons droit au traditionnel Baci, certains patients en profitent pour nous remercier personnellement. C’est très émouvant.

Et pour finir, quelques photos de nos retours au coucher du soleil :

Des nouvelles de Phonsavanh

Didier, le médecin de notre équipe a accepté de recevoir Phonsavanh en consultation à notre hôtel. Hamui, sa traductrice attitrée, était là aussi pour être sûre qu’elle comprenne bien tout ce qu’on lui expliquait. Elle avait apporté tous les examens qu’elle a passés. La bonne nouvelle est que, bien qu’elle soit positive à l’hépatite C, l’échographie de son foie ne montre aucun signe de défaillance pour le moment, et ses analyses sanguines sont dans les normes. Sa charge virale étant par contre très haute, il faut qu’elle prenne un traitement pour ne pas risquer une cirrhose ou un cancer du foie dans le futur. 

Didier est médecin remplaçant à l’ambassade de France à Vientiane deux mois par an. Il consulte aussi au centre médical français là-bas. Dans son équipe, il y a un médecin russe qui est très calé sur l’hépatite C. Didier l’a appelé pour savoir s’il pouvait recevoir Phonsavanh et on a fixé une date à mercredi prochain le matin, avant que je ne prenne mon vol pour Bangkok. On en saura un peu plus sur le traitement envisagé et son coût.

J’ai réservé une chambre pour Phonsavanh et son mari à Vientiane dans le même hôtel que moi. Ils arriveront de Paksé mardi matin par le bus de nuit, ils ont tenu à payer le prix du voyage. Nous aurons toute la journée du mardi pour être ensemble 😃