17- Deuxième semaine de mission-3

Quelques photos prises autour du dispensaire :

Champ de Manioc
Dolmen au pied d’une maison

On a eu l’occasion d’aller visiter un des villages dont les habitants sont venus se faire soigner. C’est un village assez isolé, l’accès principal se fait par un pont en bois qui est détruit à chaque saison des pluies parce que la rivière passe au-dessus. Il y a une autre route à l’arrière du village qui permet aux habitants de se ravitailler pendant cette période mais c’est une très mauvaise piste et qui les oblige à faire un très grand détour pour rejoindre le premier village avec un marché.

Leurs engins de transport (sorte de motoculteurs) ne passent pas sur le pont !
Par contre, les piétons, même chargés comme ici, passent sans problème 😉
Jour de nettoyage des motos 😂
Un autre qui se prépare à traverser…
Les enfants jouent dans la rivière, il fallait les voir dévaler en roulant ou en glissant sur les fesses
la pente du petit jardin avant d’atterrir dans l’eau, ils se marraient bien.
L’image donne une bonne idée du niveau d’eau à la saison des pluies, les arbres ont les pieds dans l’eau
et les premières maisons sont au bord de la rivière en crue 😨
Bounma emmène Marie-Annick, Christine et Lucien faire un petit tour de pirogue 😃
Un livreur Uber Eats qui s’est perdu 😂
Une bombe qui a été transformée en pirogue 😟
Les caisses jaunes sont des caisses de Beerlao, la bière loatienne, elle peut aussi servir de jouets 😇
Réserve de riz
Réserve de viande 😉
Les femmes se retrouvent souvent comme ça sous les arbres, les hommes, eux, se retrouvent plutôt sous les maisons
Les jouets sont toujours très inventifs ici 😃
Maison aux murs en bambou
Les enfants aident aux différentes tâches, ici, ils coupent des tronçons de bambou
L’association Sourires d’Enfants a rénové cette école et a construit deux locaux,
un de tissage pour les filles, un d’élevage de criquets pour les garçons.
Des cahiers laissés à la traîne, il n’y a pas école aujourd’hui
L’école primaire, deux classes. A droite de l’image, c’est un lavabo tout en longueur
où les enfants peuvent se laver les mains et se brosser les dents.
Il y a souvent plusieurs associations qui interviennent dans la réfection des écoles des petits villages
Il était fier de nous montrer son école !
Le toboggan de l’école

Tranches de vie à la Guesthouse :

On n’a pas perdu le rythme des soirées animées cette deuxième semaine. La sono nous a suivie, alors Karaoké 🎤😅, dégustation de divers insectes et même une soirée crêpes, on avait quelques bretons dans la bande 😜.

Le dernier jour de travail, on finit un peu plus tôt, le temps de ranger tout le matériel de tout le monde, certaines choses repartent (en fait, surtout celles des dentistes), d’autres vont être stockés pour la prochaine mission (les médicaments, les lunettes). Je laisse les matelas dont je me suis servie au dispensaire, la plupart de leurs lits n’en ont pas ou sont en très mauvais état.

La dernière soirée qu’on passe tous ensemble, on va au seul restaurant-karaoké de la ville :

Et pour clôturer cette semaine de mission, nous avons un Baci au dispensaire :

Vous avez eu l’occasion de voir toute la team sur cette vidéo, je ne vous ai pas fait le CV de chaque participant mais sachez que j’ai eu la chance de partager ces moments avec des personnes qui ont fait beaucoup de missions humanitaires dans leur vie et qui n’ont pas l’intention de s’arrêter là (Christophe est déjà en train de préparer la prochaine mission des dentistes au Mexique). Pour citer quelques pays où ils sont intervenus : Népal, Madagascar, Haiti, Sri Lanka, Pérou et j’en oublie sûrement . C’était très enrichissant de les écouter, de réaliser le travail accompli avec souvent peu de moyen matériel et humain et je tiens à les remercier d’avoir partagé leurs expériences avec moi. Éléna et Justine, nos benjamines, pour qui c’était une grande première, je suis sûre qu’on les retrouvera volontaires pour de prochaines missions, elles ont été d’une redoutable efficacité et ont apporté beaucoup de bonne humeur à toute l’équipe tous les jours.

Puisque je suis dans les remerciements, je voudrais souligner le travail difficile que nos six traducteurs (Dolisan, Bounma, Lucien, Phonesay, Maninut et Ali) ont eu à faire, aucun d’eux ne venait du milieu médical, ils ont dû faire face à des situations inédites pour eux et à un jargon professionnel pas toujours compréhensible, un grand merci à eux pour leur ténacité et le boulot qu’ils ont pris à coeur, sans oublier la participation engagée de Bounma et Lucien au karaoké 😜.

Après ces danses laotiennes, le repas, concocté par le personnel du dispensaire aidé de personnes qu’on a soigné, nous attendait. Heureusement cette fois, on avait pris garde de ne pas trop manger au petit déjeuner 😅.

Pour finir en beauté et pour digérer le repas, l’équipe s’est chargée de l’animation. Danses avec karaoké, rien que des chansons françaises ! Les laotiens ont eu l’air d’apprécier, je pense que le Léo-Léo a bien aidé à faire fondre la glace 😇

Je remercie Sina, ainsi que Sylvie, de m’avoir fait de nouveau confiance et de m’avoir demandé de participer à cette mission. L’organisation d’une telle mission, avec une équipe de cette taille, sur deux sites différents est une véritable gageure. Sina a toujours fait en sorte que chacun se sente bien et que la cohésion d’équipe soit présente. Pendant la mission, nous avons pu soigner 1942 patients, toutes disciplines confondues, c’est un très beau résultat pour l’association Sourire d’Enfants dont c’était la première mission médicale 😃

Et pour finir sur cette belle et enrichissante mission, quelques portraits de patients (ils ne sont pas tous de moi, il y avait quelques bons photographes dans l’équipe 😉) :

16- Deuxième semaine de mission-2

Je voudrais partager avec vous le cas le plus extraordinaire qu’on ait eu prendre en charge. Je dis « on » parce qu’on a été plusieurs à intervenir.

Le premier jour, je reçois une jeune fille de 19 ans, Kamkheone, son père l’amène sur son dos, il m’explique qu’elle ne marche plus depuis 4 ans, depuis le vaccin contre le Covid. On ne comprend pas bien si elle se déplace un peu ou pas du tout. Je commence mon examen après qu’il l’ait déposée assise sur le lit. Déjà, elle tient assise seule et peut prendre appui sur ses bras pour se tenir. Ses réflexes sont difficiles à trouver parce qu’elle a peur et ne se détend pas, ce que je peux comprendre, je fais plusieurs tentatives avant d’obtenir un résultat positif, réflexes faibles mais présents des deux côtés. La sensibilité des membres inférieurs est normale (je m’y reprends aussi en plusieurs fois !). Je procède également à des testings musculaires, un peu compliqué à faire comprendre bien que j’aie Ali avec moi pour traduire, là encore je ne constate aucun déficit majeur, seulement une grosse fonte musculaire bilatérale mais elle est capable d’opposer une résistance, amoindrie certes mais présente et de mobiliser volontairement ses pieds, ses chevilles, ses genoux et ses hanches, c’est rassurant.

J’approfondis mon anamnèse en reposant la question sur l’arrivée de son handicap. A force d’insister, la jeune fille finit par raconter qu’elle est tombée alors qu’elle revenait de la rivière en portant des seaux d’eau très lourds et qu’elle s’est fait très mal (vue leur résistance à la douleur ici, j’évalue ça comme un évènement majeur). Les deux choses (vaccination et chute) sont arrivés dans le même temps, là encore impossible d’obtenir une chronologie, c’était il y a quatre ans…

Elle est capable de passer seule de la position assise à allongée, une bonne indication pour moi, elle n’est pas vraiment handicapée 😅.

A l’examen chiropratique, je trouve pas mal de blocages au niveau des pieds, des chevilles et des orteils (puisque qu’elle ne les sollicite plus) et je constate une rétraction du tendon d’Achille bilatérale. Ses genoux, n’étant plus soutenus par les muscles des cuisses, partent en valgum. J’ai également beaucoup de restriction de mouvement au niveau de la jonction lombo-sacrée et dans les lombaires en général. Ses cervicales ont besoin de récupérer de la mobilité, je travaille dessus également.

Quand je lui demande ce qu’elle fait dans sa journée, elle répond qu’elle reste assise au sol à regarder la télé, elle me dit qu’elle ne sort que rarement de sa maison.

Je réfléchis au meilleur moyen de l’aider mais j’ai besoin de plus d’éléments. Je lui demande donc de se lever et je constate qu’elle peut faire quelques pas si je la soutiens mais qu’elle n’est pas très stable (musculaire ou cérébelleux ??). On serait en France, je l’enverrais passer des radios et faire une IRM cérébrale mais ici, ce n’est pas possible ou en tous cas, c’est plutôt compliqué à organiser.

Je demande à Didier de venir la voir, il évoque tous les diagnostiques différentiels que j’ai pu faire et confirme que sans examen complémentaire, c’est difficile de dire exactement ce qu’il en est.

Je propose de la revoir dans trois jours pour refaire un bilan neuro et chiro et pour voir si mes soins ont changé quelque chose. J’ai pris le temps de lui montrer, à elle et sa famille, des exercices simples mais indispensables à faire plusieurs fois par jour pour voir si elle progresse et si elle est motivée. Je voudrais aussi discuter avec Sina, Didier et Bérengère de son cas.

Pendant que je reprends mes consultations, Benjamin, un des dentistes a voulu trouver une solution immédiate et a testé avec elle le fauteuil roulant de l’hôpital, option peu réaliste étant donné l’état des chemins ici 😅. 

Il revient dans ma salle pour chercher une des paires de béquilles que m’avaient données une patiente. Je n’ai pas eu le temps de lui expliquer que cela ne servirait pas à grand-chose sans un minimum de renforcement musculaire, il s’en est vite rendu-compte par lui-même 😅.

Le soir, il y a une discussion à propos de cette jeune fille, différentes idées fusent (lui acheter un fauteuil, l’emmener faire des examens à Vientiane ou au Vietnam…). Pour finir, avant de se lancer dans des choses coûteuses, je demande à voir où elle habite, et dans quelles conditions, pour pouvoir me faire une idée de ce qu’il est possible d’envisager en matière de rééducation à domicile (qu’elle ferait seule ou avec ses parents, il n’y a pas de kiné par ici). 

Une équipe est composée pour aller dans le village de la famille le lendemain, Sina et Bounma pour la traduction ; Sylvie pour la vidéo et les photos ; Léo pour ses expériences de missions à Madagascar ou au Népal ; Bérengère, non pour ses compétences d’opticienne mais surtout parce qu’elle a un diplôme d’ortho prothésiste et qu’elle a travaillé au centre de rééducation à Garches, elle connaît donc bien le handicap et tout ce qu’il est possible de faire pour aider ; et moi pour le côté organisation du quotidien et exercices. Déjà quand nous arrivons dans le village, j’ai la confirmation que le fauteuil roulant est vraiment inenvisageable, le terrain est trop irrégulier (des trous, des bosses) et je n’imagine même pas à la saison des pluies ! Arrivé à sa maison, on constate un autre problème de taille, la maison est sur pilotis, comme la plupart du temps ici, et l’escalier qui y mène est plutôt une échelle 😬. Le père explique qu’il la descend et qu’il la remonte sur son dos quand elle a besoin d’aller aux toilettes (celles-ci sont situées un peu à l’écart de la maison) ou d’aller quelque part. Elle ne sort que rarement.

La famille nous attend, la maison est très sobre, une pièce sert de salon/chambre et une autre de cuisine. Peu de meubles, pas de chaises mais il y a une télé 😉. Kamkheone paraît contente de nous revoir. Le père explique d’entrée de jeu qu’elle va déjà beaucoup mieux, ça fait plaisir.

Pendant que Sina et Léo discutent avec le père de son quotidien et de l’accessibilité de la maison, Bérengère et moi prenons du temps avec Kamkheone pour refaire des tests plus approfondis. On avait dans un premier temps projeté de lui faire fabriquer des orthèses mais après l’avoir faite marcher, on a constaté que ce serait compliqué parce qu’il faudrait les ajuster tous les trois mois en fonction de ses progrès et que finalement de la rééducation serait suffisante dans un premier temps.

Premier examen de sa marche

Marche avec un peu d’aide, on corse les difficultés en lui faisant franchir la marche de la cuisine
Exercices simples à mettre en place et ronde qui nous permet d’éliminer un problème cérébelleux
(même si on en doutait au vu de ce qu’elle était capable de faire)
Premiers pas sans aide mais on reste en soutien pour la rassurer
Et voilà, c’est parti 🥳

Au final, les choses à mettre en place sont relativement simples. Elle doit surtout s’entraîner tous les jours et reprendre confiance en elle. Je pense qu’elle a dû tomber plusieurs fois depuis sa première chute et qu’elle a très peur de tomber à nouveau 😬. On espère surtout que la famille va poursuivre la stimulation, elle gardera probablement une fatigabilité mais devrait pouvoir reprendre une vie presque normale. Et on va lui acheter une chaise qu’elle puisse regarder la télé en position droite avec les pieds au sol.

On a discuté avec Sina du futur, elle sera incapable de travailler dans les rizières et elle a arrêté l’école depuis quatre ans, il faut trouver ce qui serait le mieux pour son avenir. Après quelques coups de fils, Sina évoque l’idée de l’envoyer chez les Soeurs à Thakkek, là elle serait stimulée (et moins surprotégée), elle pourrait apprendre un métier peu physique, comme tisseuse par exemple. Il en discute avec les parents qui ne sont pas complètement opposés, je pense qu’il faut d’abord leur laisser du temps pour profiter de leur fille qui remarche ! Je l’ai revue deux jours plus tard, j’avais encore des choses à améliorer au niveau articulaire. Elle va mieux même, marche plus facilement même si elle manque encore de confiance en elle mais j’ai bon espoir et Bounma a dit qu’il passerait tous les mois pour prendre des nouvelles.

On a appris par Bounma qu’elle avait été débaptisée quand elle a arrêté de marcher, comme si elle était devenue une autre personne 😅. Maintenant, ils vont faire une cérémonie pour lui rendre son premier prénom, je trouve que c’est une bonne conclusion 😃.

15- Deuxième semaine de mission-1

Le dispensaire où nous intervenons est situé à quinze minutes de la guesthouse à pied mais la route est très dangereuse, surtout pour un grand groupe comme le nôtre, il n’y a pas de trottoir, les camions roulent très vite malgré les gros trous dans la route, ils font des écarts pour les éviter et ne se préoccupent pas de savoir s’il y a une moto ou un piéton sur le côté, alors, nous y allons en « bétaillère » tous les jours 😉.

Les journées seront bien remplies les quatre jours de cette semaine, on a tellement de monde les deux premiers jours qu’on a dû renvoyer des gens chez eux, ça fait mal au coeur parce qu’ils ont fait beaucoup de route pour venir, quelques uns reviendront mais pas tous. Certains chefs de village proposent un transport collectif moyennant une participation pour les frais d’essence, d’autres s’arrangent en famille ou avec des voisins, c’est une dépense nécessaire pour avoir accès aux soins gratuits, malheureusement, tous ne peuvent pas se le permettre 😢.

Le travail s’organise comme à Boualapha, les infirmières répartissent les patients dans les différentes zones d’attente.

Les gynécologues n’ont pas énormément de patientes cette fois-ci. Ali et Maninout sont leurs fidèles traductrices. Ici, les femmes enceintes ne viennent pas consulter et il n’y a pas d’accouchement dans ce dispensaire et heureusement parce qu’il n’y a qu’un étrier sur la table d’accouchement 🥹. Elles sont un peu déçues parce qu’elles n’ont que quelques cas intéressants alors, pour compenser, elles en profitent pour faire de la formation auprès des jeunes filles qui viennent consulter (protections contre les maladies, contraception, hygiène intime…) et surtout auprès des infirmières qui sont très intéressées par leurs connaissances. Elles ont amené des documents (qui ont été traduits en lao) sur les différentes pathologies qu’elles peuvent être amenées à rencontrer, sur les moyens contraceptifs et sur ce qu’elles peuvent mettre en place pour aider aux mieux ces patientes 😃.

Didier a toujours autant de monde, il est aidé par Dolisan (surnommée Doliprane par Christophe 😇) pour la traduction, chaque patient veut rentrer chez lui avec des médicaments, quel que soit le problème. Malheureusement, la plupart des pathologies nécessitent un traitement au long court et ce qu’il leur donne n’est que pour une ou deux semaines, parfois un peu plus, il espère qu’ils iront consulter un médecin après pour poursuivre le traitement maintenant que le diagnostique est posé (tuberculose, diabète, hypertension, hypothyroïdie, parasitoses, manque de vitamines…). Il a aussi beaucoup de gens qui ont mal au dos, au cou, aux genoux à cause de leur travail, comme mes patients. Il a eu l’occasion de soigner aussi quelques cas assez graves, notamment une patiente avec un début de gangrène sur l’avant-bras entre autres, je vous épargne la photo 😬 et ça lui a fait plaisir, non pas qu’elle ait une gangrène mais d’avoir pu l’aider 😉 et aussi il a du examiner deux personnes avec des traumas crâniens, suite à une chute de moto le jour même, heureusement sans gravité.

Bérengère, toujours aidée de Sylvie qui s’occupe de répertorier les lunettes en fonction de leur puissance et de Sina ou Bounma comme traducteurs, fait aussi carton plein, tout le monde veut des lunettes. Elle tente de privilégier les enfants et les jeunes parce que c’est important pour leur avenir même si les anciens sont aussi très demandeurs. Elle est consciente que pour certaines personnes âgées avec une cataracte, pouvoir de nouveau voir au moins de près leur permet d’être utile à la famille en retrouvant des facilités à éplucher des légumes, à coudre, à bricoler. Son cas le plus triste a été un petit garçon de 8 ans qui avait une cataracte congénitale et qui était presque aveugle. Des lunettes ne pouvant pas l’aider, il faudrait qu’il se fasse opérer mais cela coûterait cher à la famille et il faudrait aller à Ventiane, la capitale ou en Thaïlande, pour trouver un hôpital et un praticien qui pratique ce genre d’intervention, surtout sur un enfant 😩.

Les dentistes sont déçus de ne pas voir beaucoup d’enfants, les parents ne les amènent pas. Alors pour remédier à ça, un groupe de dentistes, aidés de Lucien comme traducteur, va tous les matins faire du dépistage dans les écoles, comme ça, ils peuvent dire aux enfants qui en ont besoin de venir se faire soigner l’après-midi. Ils en profitent pour faire aussi de la prévention auprès des enfants. Ils sont allés dans les écoles primaires et secondaires des environs. Il y a beaucoup moins d’enfants qui ont besoin de soins qu’à Boualapha, les villages sont plus reculés, il y a moins de vendeuses de bonbons à la sortie des écoles et moins d’argent dans les familles pour acheter des sucreries ou des produits transformés 😉. Phonesay fait la traduction à l’hôpital avec les dentistes qui travaillent sur place, il trouve ça dur de tenter de convaincre les enfants de se faire soigner et il n’aime pas les voir pleurer.

Pour ma part, ma « salle d’attente » est essentiellement composée de femmes de quarante-cinq ans et plus (surtout plus !) qui ont mal partout.

Je commence sans traducteur mais c’est plus facile la deuxième semaine, j’ai retrouvé mon peu de lao, ça veut dire que je suis capable de poser mes questions seule, même si je ne comprends toujours pas leurs réponses, à part leur nom (et encore !), leur âge et où ils ont mal. L’infirmière qui est avec moi ne parle absolument pas anglais mais elle se rend vite compte que je pose toujours les mêmes questions et que je leur fais faire toujours les mêmes mouvements pour évaluer leur amplitude alors elle est rapidement capable de m’aider pour le début de la séance. De temps en temps, j’ai Ali qui vient en renfort pour traduire quand les gynécologues ne sont pas trop occupées et c’est très agréable de pouvoir mener une anamnèse plus précise, surtout quand j’ai quelques cas intéressants 😮‍💨. J’ai eu notamment deux belles sciatiques (j’ai donné une ceinture lombaire aux deux), deux névralgies cervico-brachiales (je leur ai expliqué comment mettre le bras en écharpe dans les moments de repos pour faciliter la récupération, même si je sais qu’elles ne s’arrêtent que rarement 😬), deux AVC dont une dame de trente-sept ans à qui c’était arrivé il y a 3 mois. J’ai pu lui donner des conseils de posture, des exercices de rééducation et lui fabriquer des sortes d’orthèses à mettre la nuit pour empêcher ses tendons d’Achille de se rétracter, j’espère que quelqu’un de sa famille arrivera à lui remettre. Je lui ai conseillé de marcher avec des bâtons, même si c’est dur, elle doit y aller graduellement ! Elle doit poser ses pieds bien à plat au sol quand elle est assise mais comme elle n’a pas de chaise, je suis sûre qu’elle s’assoie toujours avec les jambes reliées sous elle, ce n’est pas gagné 😅. Je l’ai envoyée voir Didier pour vérifier sa tension et mettre en place un traitement contre l’hypertension, même s’il faudrait la mettre sous anti-coagulants plutôt. J’espère que ça ira mieux pour elle, c’est frustrant de savoir qu’il n’y aura pas de suivi et que si elle ne se soigne pas, ne bouge pas tous les jours, elle va régresser et rester handicapée 😥.

Petit medley de patients :

Et pendant ce temps, voici un aperçu de ce qui se passe vu de la fenêtre opposée dans ma salle…retour à la maison après consultation chez les dentistes pour les enfants 😃