Le dispensaire où nous intervenons est situé à quinze minutes de la guesthouse à pied mais la route est très dangereuse, surtout pour un grand groupe comme le nôtre, il n’y a pas de trottoir, les camions roulent très vite malgré les gros trous dans la route, ils font des écarts pour les éviter et ne se préoccupent pas de savoir s’il y a une moto ou un piéton sur le côté, alors, nous y allons en « bétaillère » tous les jours 😉.






Les journées seront bien remplies les quatre jours de cette semaine, on a tellement de monde les deux premiers jours qu’on a dû renvoyer des gens chez eux, ça fait mal au coeur parce qu’ils ont fait beaucoup de route pour venir, quelques uns reviendront mais pas tous. Certains chefs de village proposent un transport collectif moyennant une participation pour les frais d’essence, d’autres s’arrangent en famille ou avec des voisins, c’est une dépense nécessaire pour avoir accès aux soins gratuits, malheureusement, tous ne peuvent pas se le permettre 😢.

Le travail s’organise comme à Boualapha, les infirmières répartissent les patients dans les différentes zones d’attente.
Les gynécologues n’ont pas énormément de patientes cette fois-ci. Ali et Maninout sont leurs fidèles traductrices. Ici, les femmes enceintes ne viennent pas consulter et il n’y a pas d’accouchement dans ce dispensaire et heureusement parce qu’il n’y a qu’un étrier sur la table d’accouchement 🥹. Elles sont un peu déçues parce qu’elles n’ont que quelques cas intéressants alors, pour compenser, elles en profitent pour faire de la formation auprès des jeunes filles qui viennent consulter (protections contre les maladies, contraception, hygiène intime…) et surtout auprès des infirmières qui sont très intéressées par leurs connaissances. Elles ont amené des documents (qui ont été traduits en lao) sur les différentes pathologies qu’elles peuvent être amenées à rencontrer, sur les moyens contraceptifs et sur ce qu’elles peuvent mettre en place pour aider aux mieux ces patientes 😃.

Didier a toujours autant de monde, il est aidé par Dolisan (surnommée Doliprane par Christophe 😇) pour la traduction, chaque patient veut rentrer chez lui avec des médicaments, quel que soit le problème. Malheureusement, la plupart des pathologies nécessitent un traitement au long court et ce qu’il leur donne n’est que pour une ou deux semaines, parfois un peu plus, il espère qu’ils iront consulter un médecin après pour poursuivre le traitement maintenant que le diagnostique est posé (tuberculose, diabète, hypertension, hypothyroïdie, parasitoses, manque de vitamines…). Il a aussi beaucoup de gens qui ont mal au dos, au cou, aux genoux à cause de leur travail, comme mes patients. Il a eu l’occasion de soigner aussi quelques cas assez graves, notamment une patiente avec un début de gangrène sur l’avant-bras entre autres, je vous épargne la photo 😬 et ça lui a fait plaisir, non pas qu’elle ait une gangrène mais d’avoir pu l’aider 😉 et aussi il a du examiner deux personnes avec des traumas crâniens, suite à une chute de moto le jour même, heureusement sans gravité.


Bérengère, toujours aidée de Sylvie qui s’occupe de répertorier les lunettes en fonction de leur puissance et de Sina ou Bounma comme traducteurs, fait aussi carton plein, tout le monde veut des lunettes. Elle tente de privilégier les enfants et les jeunes parce que c’est important pour leur avenir même si les anciens sont aussi très demandeurs. Elle est consciente que pour certaines personnes âgées avec une cataracte, pouvoir de nouveau voir au moins de près leur permet d’être utile à la famille en retrouvant des facilités à éplucher des légumes, à coudre, à bricoler. Son cas le plus triste a été un petit garçon de 8 ans qui avait une cataracte congénitale et qui était presque aveugle. Des lunettes ne pouvant pas l’aider, il faudrait qu’il se fasse opérer mais cela coûterait cher à la famille et il faudrait aller à Ventiane, la capitale ou en Thaïlande, pour trouver un hôpital et un praticien qui pratique ce genre d’intervention, surtout sur un enfant 😩.







Les dentistes sont déçus de ne pas voir beaucoup d’enfants, les parents ne les amènent pas. Alors pour remédier à ça, un groupe de dentistes, aidés de Lucien comme traducteur, va tous les matins faire du dépistage dans les écoles, comme ça, ils peuvent dire aux enfants qui en ont besoin de venir se faire soigner l’après-midi. Ils en profitent pour faire aussi de la prévention auprès des enfants. Ils sont allés dans les écoles primaires et secondaires des environs. Il y a beaucoup moins d’enfants qui ont besoin de soins qu’à Boualapha, les villages sont plus reculés, il y a moins de vendeuses de bonbons à la sortie des écoles et moins d’argent dans les familles pour acheter des sucreries ou des produits transformés 😉. Phonesay fait la traduction à l’hôpital avec les dentistes qui travaillent sur place, il trouve ça dur de tenter de convaincre les enfants de se faire soigner et il n’aime pas les voir pleurer.




















Pour ma part, ma « salle d’attente » est essentiellement composée de femmes de quarante-cinq ans et plus (surtout plus !) qui ont mal partout.

Je commence sans traducteur mais c’est plus facile la deuxième semaine, j’ai retrouvé mon peu de lao, ça veut dire que je suis capable de poser mes questions seule, même si je ne comprends toujours pas leurs réponses, à part leur nom (et encore !), leur âge et où ils ont mal. L’infirmière qui est avec moi ne parle absolument pas anglais mais elle se rend vite compte que je pose toujours les mêmes questions et que je leur fais faire toujours les mêmes mouvements pour évaluer leur amplitude alors elle est rapidement capable de m’aider pour le début de la séance. De temps en temps, j’ai Ali qui vient en renfort pour traduire quand les gynécologues ne sont pas trop occupées et c’est très agréable de pouvoir mener une anamnèse plus précise, surtout quand j’ai quelques cas intéressants 😮💨. J’ai eu notamment deux belles sciatiques (j’ai donné une ceinture lombaire aux deux), deux névralgies cervico-brachiales (je leur ai expliqué comment mettre le bras en écharpe dans les moments de repos pour faciliter la récupération, même si je sais qu’elles ne s’arrêtent que rarement 😬), deux AVC dont une dame de trente-sept ans à qui c’était arrivé il y a 3 mois. J’ai pu lui donner des conseils de posture, des exercices de rééducation et lui fabriquer des sortes d’orthèses à mettre la nuit pour empêcher ses tendons d’Achille de se rétracter, j’espère que quelqu’un de sa famille arrivera à lui remettre. Je lui ai conseillé de marcher avec des bâtons, même si c’est dur, elle doit y aller graduellement ! Elle doit poser ses pieds bien à plat au sol quand elle est assise mais comme elle n’a pas de chaise, je suis sûre qu’elle s’assoie toujours avec les jambes reliées sous elle, ce n’est pas gagné 😅. Je l’ai envoyée voir Didier pour vérifier sa tension et mettre en place un traitement contre l’hypertension, même s’il faudrait la mettre sous anti-coagulants plutôt. J’espère que ça ira mieux pour elle, c’est frustrant de savoir qu’il n’y aura pas de suivi et que si elle ne se soigne pas, ne bouge pas tous les jours, elle va régresser et rester handicapée 😥.





Petit medley de patients :









même l’infirmière m’a fait comprendre qu’elle ne la croyait pas non plus 😜


ou un truc dans le genre 😃


« Mi Hen ! »



ni son nom ni son âge 😜

pour eux c’était mieux qu’à la télé 😂
je n’ai pas osé, pourtant ça aurait été de bonne guerre 🙃
Et pendant ce temps, voici un aperçu de ce qui se passe vu de la fenêtre opposée dans ma salle…retour à la maison après consultation chez les dentistes pour les enfants 😃