Je récupère ma moto, une semi-automatique, je n’ai jamais conduit ça de ma vie alors je demande au loueur de me faire une petite explication et je fais le tour de la place histoire de voir si ça le fait. J’ai juste eu l’impression de revenir 34 ans en arrière quand j’ai conduit une voiture avec des vitesses pour la première fois, c’était très « secouant ». Mais je vais bien finir par dompter cette machine vu le temps que je vais passer dessus. Louer la moto, l’essayer, aller faire le plein, parce que bien sûr elle était vide, prendre un petit déjeuner, avec tout ça, il n’est pas loin de 9 h quand je me mets réellement en route.

Maps.me est devenu mon meilleur ami mais même avec ça, je trouve le moyen de me perdre…ce qui me permet de tester assez rapidement ma maîtrise de l’engin sur une piste bien pourrie, un petit 360° en dérapage dans du sable, pas voulu, mais je ne suis pas tombée, alors je considère que ça va le faire. Reste à comprendre l’intérêt de rétrograder, je ne cale même pas quand je m’arrête et que je suis encore en 4ème…
Je finis par trouver la première grotte, Éléphant Cave, là, il y a aussi la possibilité de grimper un rocher pour voir un beau panorama. Une heure de montée, 1/4 chemin caillouteux, 1/2 escalade, 1/4 escaliers de meunier super raides avec des grandes tiges de bambous qui servent de rampes, mais c’est vrai que la vue en haut est jolie, 1/2 h de descente, pressée d’aller boire un bon litre de flotte que j’ai perdu dans mon aller-retour sous 30°.







La visite de la grotte est rapide mais pas inintéressante, et a au moins le mérite de faire redescendre ma température corporelle 😉



En sortant, je discute avec un couple de français et un gars qui a une vrai moto qu’il a acheté au Vietnam parce que c’est la seule immatriculation qui permet d’aller dans tous les pays autour (à part la Birmanie), c’est donc un vrai biker. Il nous raconte qu’il a traversé le Vietnam, le Cambodge et une partie du Laos avec.
Il va à Thalang aussi et a prévu de voir les mêmes choses que moi en chemin. On décide donc de faire la route ensemble, ça m’arrange, j’espère moins me perdre 😉
On fera deux grottes, Tham Xieng Lap et Tham Sa Pha In.








Le seul hic de ne plus être seule, c’est que j’hésite à m’arrêter aussi souvent que je le voudrais pour faire des photos bien qu’il m’ait dit que ça ne le dérangeait pas.
Sur la route, c’est flippant, c’est plein de poids lourds, dans les deux sens. J’ai vraiment peur quand je double le premier, même le second et le troisième, bref je ne m’y fais pas, le souffle qu’on ressent est puissant. Mais le pire, c’est quand le camion qui arrive en face de moi se fait doubler par un autre camion et que je n’ai plus qu’un mini bout d’asphalte pour rouler…je n’aime pas du tout ça, s’il y a un nid de poule au même moment ou une vache, je saute…




Pendant deux heures le voyage se passe plutôt bien jusqu’à ce que mon acolyte ralentisse, je me dis qu’il veut peut-être s’arrêter pour prendre une photo, ce qui serait bien la première fois, contrairement à moi…quand soudain je le vois se coucher avec la moto et tomber dans le bas-côté, pas très profond, 1m50 peut-être, mais quand même. Je m’arrête rapidement et l’aide à se dégager de la moto qui l’empêche de bouger. Il s’assoit, un peu trop vite à mon goût et je vois qu’il se tient l’épaule. Je lui dis que je suis chiro, je lui propose de regarder s’il veut et il me laisse faire. Il est persuadé que c’est cassé mais je n’en suis pas sûre parce que je peux tapoter sur tous les os, humérus, omoplate et tout le long de la clavicule sans que ça ne lui fasse mal. Je me rappelais ma fracture d’orteil, il ne fallait pas de vibrations ni de chocs même minimes sinon, c’était douloureux. Mais bon, ce n’était pas joli, joli.
On voit arriver un jeune homme et une jeune fille, qui ne parlent pas anglais, mais qui nous font comprendre qu’ils vont nous aider. Ils s’occupent de la moto pendant que je fais une attelle de fortune à mon compagnon avec ma serviette Décathlon, je n’avais que ça sous la main mais c’est efficace 😉
Voyant qu’ils tentent de remonter la moto sans succès, je vais les aider (de toutes façons mon « patient » est sonné et a besoin de reprendre un peu ses esprits. Il n’a pas l’air du genre à tomber dans les pommes mais on ne sait jamais), la moto est super lourde dans cette pente et on glisse plutôt vers le fond, on ne parvient pas à la faire remonter. Je leur suggère de l’accompagner jusqu’en bas et qu’à partir de là, le jeune homme arrivera à la remonter si elle démarre, et elle démarre, il parvient à longer le fossé jusqu’à un endroit moins pentu pour la remonter sur la route. Pendant ce temps, la jeune fille nous fait comprendre qu’elle n’habite pas loin et qu’on devrait venir se mettre à l’abri du soleil, ce qui n’est pas idiot vu qu’il est 13h30 et qu’il doit bien faire 35° maintenant. J’arrive à aider mon compagnon à se relever et à marcher jusqu’au magasin, je le surveille du coin de l’œil, je n’ai pas envie qu’il s’écroule. Et vu le choc, même si j’ai eu l’impression que seule l’épaule avait encaissé, je pense au trauma crânien (même avec un casque), d’ailleurs je lui parle régulièrement, il doit me trouver soûlante mais tant pis.
La jeune fille, qui tient un petit commerce typiquement lao, c’est-à-dire un peu de tout, nous parle de hong-mo, un des mots que je connais en laotien puisqu’il veut dire hôpital…je lui demande si c’est loin (merci Google translation), c’est pas très loin mais trop pour y aller à pied. Me voilà donc ambulancière, en moto. C’est compliqué parce qu’il a mal, n’a qu’une main pour se tenir à moi, que mes démarrages et changements de vitesses sont encore un peu brusques (j’ai bien cru le perdre sur une accélération incontrôlée…), et qu’en plus, il faut anticiper les vaches et les chiens qui pourraient traverser devant nous. Je crois que ça restera un des kilomètres les plus longs de ma vie.
C’est effectivement un hôpital, petit, encore plus que Dontalat mais il est pris en charge rapidement, une infirmière lui nettoie ses plaies qui sont nombreuses et je « discute » avec le jeune médecin, exige une radio, qu’ils finissent par lui passer au bout de 3/4 d’heure. Pendant ce temps, j’ai appris qu’il s’appelle Stéphane, qu’il est belge, plombier-chauffagiste en mode pause pour quelques mois, qu’il a fait des sports de combats plus jeune.
Il est complètement déprimé, s’en veut de n’avoir pas su contrôler sa machine quand il a commencé à glisser sur les cailloux du bord de route, trouve ça idiot après autant de kms…ensuite il a fallu qu’il appelle sa mère, il n’avait pas son no d’assurance. Quand on a enfin pu voir la radio, on ne voyait pas de fracture mais il n’y avait qu’un seul cliché, pris assis, son bras contre le corps. Le médecin-chef, qui lui parlait un peu anglais, nous dit qu’il n’y avait rien de cassé . On est donc reparti sur ma moto là où on avait laissé la sienne ; lui, le bras en écharpe et moi les deux mains crispées sur mon guidon…
Je l’ai laissé chez la commerçante pour qu’il attende un bus qui le ramènerait sur Thakhek, à lui de voir avec l’assurance s’il devait être rapatrié ou pouvait rester encore un peu au Laos, sans faire de moto ! Et il a laissé sa moto chez la commerçante, jusqu’à ce qu’il soit en état de revenir la chercher ou pas…
Quant à moi, avec tout ça, il était presque 17 h et le soleil se couchait dans une heure. Hors de question de conduire de nuit, trop dangereux. Il me restait une quarantaine de km soit une heure et demi au plus, c’était principalement de la montagne. Je n’ai pas eu le temps de faire du tourisme, j’ai roulé assez vite, enfin au maximum que je pouvais faire sans me faire peur, j’ai compris l’utilité des vitesses, surtout l’intérêt de rétrograder dans les descentes pour le frein moteur et dans les montées pour avoir de la puissance 😉















Je suis arrivée à la guesthouse 10 minutes avant la nuit noire. Ici, la nuit tombe, au sens propre du terme, dès que le soleil est couché.
Je ne suis même pas ressortie pour dîner et je n’ai pas regretté 😉


















































J’en profite pour rendre une petite visite au bouddha qui domine la ville.









À l’hôpital, on ne me comprend pas à l’accueil alors je vais rendre visite à la seule personne que je connais là-bas, M Somsit avec qui j’avais travaillé l’année dernière. À la lecture du papier, il me dit qu’il faut que j’aille au département de la santé à 15 minutes de là et que je demande M Ratsamy. Manque de bol, quand j’y arrive, j’apprends qu’il est parti, fin de sa journée, je n’ai qu’à revenir demain…







A cette occasion, Claude nous a fait goûté un Saint Nectaire qu’il avait reçu par la poste en direct de France après 8 jours de voyage, c’était…fort. Heureusement, il y avait du pain et un verre de vin pour faire passer 😉







































Après-midi farniente, deux heures au bord de la piscine et un peu dedans quand même 😉 puis apéro en terrasse et dîner au resto de la belle-sœur de William, et au lit de bonne heure.





Je découvre un intérieur différent, dans le quartier vietnamien, plusieurs branches de la même famille vivent dans la même maison, la cuisine et la salle sont communes mais chambres et salle de bain sont par famille. Après avoir soigné le papy, je dois aussi m’occuper de la mamie. Une fois que j’ai fini, arrive un acupuncteur qui travaille en électrothérapie, c’est cool, ça va compléter ce que j’ai fait. Je reste manger avec eux, c’est bon J






























A partir de maintenant, je décide de rentrer le midi, ça fait plus de scooter mais ça me permet de me poser un peu à la guesthouse et de préparer mes cours.


A l’école je n’arrive à faire que deux classes au lieu de trois sur le temps imparti parce que les enfants veulent plus. Je suis toute seule dans la classe, je dois me débrouiller parce que Sophavanh a sa propre classe à faire mais si j’ai besoin, je peux aller la chercher. C’est compliqué parce qu’ils ne comprennent pas ce que je dis, je suis en passe de devenir très douée pour parler avec les mains. A la fin des cours, lors du petit café avec les instits, je demande ce dont elles ont besoin. Elles me disent qu’elles ont besoin de manuels et effectivement, les leurs sont en très mauvais état. Comme je vais à Paksé ce we, je propose de leur en offrir, elles me font une liste longue comme le bras, j’explique que je n’en prendrai que la moitié. Même à 2€ le bouquin, quand elles en commandent 200, ça fait cher. Mais elles ont raison, qui ne tente rien, n’a rien 😉
Je finis la journée par une patiente à Champassak, personne très démunie dont Nilavanh s’occupe, elle est tombée de moto il y a 6 semaines et a toujours mal au genou. Les radios montrent une petite fracture du plateau tibial mais ici, pas de plâtre parce que ça macère. Donc renvoyée chez elle, au lit puis déambulateur. Elle a aussi un oeuf de caille sous l’oeil et c’est hyper sensible encore (fracture du zygomatique ??), je lui conseille de mettre de la glace pour faire dégonfler. J’arrive à bien travailler même si c’est sur son lit, je ne deviens pas difficile sur les divers endroits où je peux pratiquer, adaptabilité ! J’irai la revoir la revoir lundi.




Elle m’explique que je vais faire cours à des 7-8 ans, ils doivent être en équivalent CE1. Je demande à voir le livre et à savoir où ils en sont, et je comprends que ce ne sera pas la même chose que l’année dernière à SOS Children Village où j’avais eu des collégiens et lycéens, et où, je pense, que le niveau en première devait être meilleur. Ici, ils savent répéter les mots, mais ne comprennent pas les phrases, même toutes simples. Sophavanh reste avec moi, mais ne m’aide pas beaucoup, je pensais qu’elle traduirait au moins un peu, en fait elle suit mon cours comme une élève ! Je transpire beaucoup, entre le stress et les presque 40° dehors…Il n’y a pas de ventilateurs dans la classe, je ne parle même pas d’une clim 😉 Les fenêtres n’ont pas de vitres et on fait courant d’air en laissant les volets ouverts de chaque côté de la classe. Je finis par trouver un semblant de rythme, en tous cas les enfants aiment et ne veulent pas que j’arrête. J’explique à Sophavanh que si elle veut que j’aie le temps de faire les trois classes, je dois m’arrêter là.
Elle m’emmène chez les CE2, même constat, ils ont le livre du niveau supérieur mais je n’arrive pas à voir ce qu’ils savent de plus que les autres…Je me dis qu’en France aussi, à cet âge-là, ils ne doivent pas savoir grand-chose en anglais non plus et qu’il y a probablement des instits qui ne sont pas du tout à l’aise dans cette langue. Je décide de leur faire répéter les mots pour améliorer leur prononciation et de travailler sur les phrases simples sous forme de jeu. Ça fonctionne plutôt bien, mais je n’ai pas noté ce que j’ai fait, j’espère ne pas faire les même exos demain, y a pas à dire, c’est un métier prof ! Je me considère plus comme une assistante comme ceux qu’on avait parfois en cours avec nous au collège et au lycée.
A 3h30, je m’apprête à changer de classe en retard sur l’horaire que je m’étais fixé quand l’instit me dit « time to rest », je pense à une pause mais en fait c’est une pause de 20 minutes avant la fin des cours 😉 donc je suis rentrée tôt finalement. Ça tombe bien, j’avais réservé un foot massage. Je finis la soirée tranquillement.

