23. Enfin un peu de Chiro đŸ˜‰

Elisabetta habite Ă  une demi-heure du centre du pĂšre Alain, le Brother (le diacre) me dĂ©pose chez elle en voiture. Je ne suis pas Ă  100% de mes capacitĂ©s mais ça va, je n’ai plus de fiĂšvre, juste un peu mal Ă  la tĂȘte mais avec le paracĂ©tamol, ça s’estompe et j’ai trĂšs envie de bosser.

La maison d’Elisabetta

Elisabetta travaille dans quelques villages aux alentours de Mae Salit, voilĂ  en gros son secteur, ce n’est pas facile Ă  vous montrer… Comme d’habitude, il faut ne pas se fier aux temps indiquĂ©s, Ă  part la route en bleue qui est une vraie route (mĂȘme si elle tourne beaucoup), les deux grises horizontales sont des chemins…

A gauche de la riviĂšre Moei, c’est la Birmanie.

Elle n’est pas mĂ©decin officiel parce qu’elle n’a pas de diplĂŽme de mĂ©decin thaĂŻ mais elle est tolĂ©rĂ©e. Elle travaille ici depuis bientĂŽt vingt ans. Elle a commencĂ© comme mĂ©decin pour une ONG dans les camps de rĂ©fugiĂ©s en Birmanie, elle est spĂ©cialisĂ©e dans la tuberculose. Elle a Ă©tĂ© obligĂ©e de quitter la Birmanie (Ă  cause d’une des guerres), et a dĂ©cidĂ© de rester tout prĂšs mais de l’autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre, au dĂ©but Ă  Mae Sot puis dans la petite ville de Mae Salit. Je retrouve un peu la mĂȘme configuration qu’au Laos, on peut « bosser » si on ne fait pas de vague…Elle fait le suivi des patients qui n’ont pas les moyens d’aller Ă  l’hĂŽpital Ă  plusieurs reprises, notamment pour les patients qui ont un traitement anti-tubĂ©rculeux, ceux qui ont un cancer ou ceux qui ont fait un AVC. Elle fait aussi de la prĂ©vention chez les enfants, elle donne des vitamines C et B surtout et des pilules contre les oxyures. Elle donne aussi la pilule contraceptive, enfin, elle fait plutĂŽt des injections qui durent trois mois, les femmes oublient de prendre les cachets. Elle distribue aux familles des filtres Ă  eau, indispensables ici, grĂące Rotary Club de Chiang Mai qui les lui fournit. Elle a aussi un rĂŽle social dans l’intĂ©gration des nouveaux Karens. C’est un travail trĂšs prenant, elle est secondĂ©e par Aughtoo (qui a une quarantaine d’annĂ©es) et Say K’pru (qui doit Ă  peine avoir la trentaine), deux Karens qui l’aident depuis des annĂ©es. Ils sont ses interprĂštes, ils connaissent bien les familles des villages et petit Ă  petit, ils ont appris Ă  faire un examen mĂ©dical sommaire en amont des visites ce qui permet Ă  Elisabetta de savoir si elle doit intervenir ou s’ils doivent envoyer le patient Ă  l’hĂŽpital. Aughtoo est trĂšs dĂ©sireux d’apprendre, il parle trĂšs bien anglais, ça va ĂȘtre pratique pour Ă©changer. Say K’pru est surtout prĂ©posĂ© au nettoyage des filtres Ă  eau et Ă  la distribution des vitamines mais avec quelques annĂ©es d’expĂ©riences, il sera aussi bon qu’Anghtoo pour le reste, il s’intĂ©resse beaucoup.

La matinĂ©e commence par des connaissances du PĂšre Alain qui ont appris que j’Ă©tais lĂ  ce matin, la femme de son maitre d’oeuvre qui a une sciatique depuis quelques mois et qui voudrait que je la voie et son mari qui a mal au dos aussi…Elisabetta est un peu contrariĂ©e et je comprends pourquoi. Ce sont des gens qui ont les moyens, la femme lui a dĂ©jĂ  demandĂ© des conseils mais ne les suit pas et va toujours voir d’autres mĂ©decins. En plus, aprĂšs examen, j’ai pu voir son scanner (c’est dire si elle a les moyens 😉), elle n’a pas de sciatique mais plutĂŽt une tendinite du moyen fessier, il va falloir qu’elle fasse quelques exercices d’Ă©tirements et un peu de massage…Son mari, par contre, a un bon lombago, j’ai de quoi faire 😅.

Ma « table » de travail.

Mes premiers patients Ă  gauche, Anghtoon et Say K’pru Ă  droite.

Bon, une fois cette visite terminĂ©e, nous partons vers un premier village, en bord de route. Elisabetta me prĂȘte sa moto et monte derriĂšre Say K’pru. Je suis ravie de retrouver les sensations de la moto mais il faut que je me rĂ©-habitue Ă  passer des vitesses. J’ai toujours du mal Ă  rĂ©trograder mais je vais m’y faire. DĂ©jĂ , je nĂ©gocie mieux les virages depuis mes escapades autour de Chiang Mai 😉.

On s’arrĂȘte chez une dame qui souffre d’une polyarthrite rhumatoĂŻde, je ne peux pas faire grand-chose pour elle 😬, Elisabetta lui donne des anti-inflammatoires et lui conseille de continuer Ă  manger du curcuma, ce qu’elle fait dĂ©jĂ .

On roule jusqu’Ă  un petit village, dans une vallĂ©e. Ici, les gens font pousser du riz, c’est leur premiĂšre source de revenu. A cette saison, la majoritĂ© des gens est chez eux, ils attendent qu’ils soient temps d’aller nettoyer et prĂ©parer les champs, et c’est pour bientĂŽt.

Je commence par soigner un monsieur qui a fait un AVC il y a 8 ans et qui a mal un peu partout. Il est handicapĂ© sur tout un cĂŽtĂ© mais il est trĂšs volontaire et Ă  force de stimuler, de malaxer, il a rĂ©cupĂ©rĂ© une certaine mobilitĂ© de son bras mais il n’a pas fait pareil sur sa jambe alors elle est toute verrouillĂ©e. Je lui montre comment travailler un peu l’extension du genou et de la hanche mĂȘme si je pense que c’est trop tard, ses tendons se sont pas mal rĂ©tractĂ©s. Le plus fou est qu’il habite en hauteur, comme tous, je ne pense pas qu’il descende souvent…

Puis on passe voir un patient qui a un cancer, ce n’est pas pour moi mais ça me permet de regarder Elisabetta et Aughtoo travailler.

Juste aprĂšs, nous allons voir son voisin qui lui a fait un AVC… il y a 4 jours. DĂ©cidĂ©ment, je vais finir par croire que je vais devoir me spĂ©cialiser 😜. LĂ  encore, il s’agit plus de donner des conseils Ă  la famille que d’intervenir en temps que chiro mais je fais quand mĂȘme quelques petites choses qui devraient le soulager.

AprĂšs tout ça, il est dĂ©jĂ  l’heure de dĂ©jeuner et mĂȘme au-delĂ . On marche Ă  travers les riziĂšres jusqu’Ă  un temple oĂč on va nous servir Ă  manger. C’est aujourd’hui la pleine lune Karen (avec 24 h d’avance sur la pleine lune thaĂŻ, je ne sais pas pourquoi đŸ€”) et les gens ont amenĂ© Ă  manger au temple donc il y en aura pour nous.

Elisabetta va ausculter un des moines, il a une tuberculose, elle essaie de le convaincre de prendre le traitement. Pendant ce temps, je m’occupe du genou d’un de ceux qui nous a prĂ©parĂ© Ă  manger.

AprĂšs manger, nous voyons encore deux patients pour Elisabetta puis ils m’emmĂšnent voir Bibi, une petite fille de 8 ans qui a eu une mĂ©ningite bactĂ©rienne il y a trois ans, qui est restĂ©e hospitalisĂ©e presque 1 an. Ils viennent de lui refermer sa trachĂ©otomie alors il faut vĂ©rifier la cicatrisation. La majeure partie du temps, c’est le pĂšre qui s’en occupe, la mĂšre est alcoolique et n’est pas bonne Ă  grand-chose apparemment. Bibi a un bon handicap Ă  la suite de sa maladie mais elle a beaucoup progressĂ©, elle est trĂšs volontaire. Elle se tient assise, arrive Ă  replier ses jambes, mais ne peut pas tenir dessus encore, il faut dire qu’elle est restĂ©e allongĂ©e trĂšs longtemps et elle bouge bien les bras. Elle parle peu (dit quelques mots simples) mais comprend tout, elle a un regard trĂšs vif et trĂšs intelligent. Elisabetta propose que je m’en occupe aussi. Le plus compliquĂ© est d’instaurer la confiance, elle ne me connaĂźt pas et la pauvre a dĂ©jĂ  dĂ» voir tellement de soignants… Heureusement que je ne me dĂ©brouille pas mal avec les enfants, au bout de quelques minutes, je peux la toucher et on peut mĂȘme dire qu’elle apprĂ©cie ce que je lui fais :

Et bien pour une premiÚre journée, je suis vraiment contente mais épuisée !

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