Elisabetta habite à une demi-heure du centre du père Alain, le Brother (le diacre) me dépose chez elle en voiture. Je ne suis pas à 100% de mes capacités mais ça va, je n’ai plus de fièvre, juste un peu mal à la tête mais avec le paracétamol, ça s’estompe et j’ai très envie de bosser.

La maison d’Elisabetta
Elisabetta travaille dans quelques villages aux alentours de Mae Salit, voilà en gros son secteur, ce n’est pas facile à vous montrer… Comme d’habitude, il faut ne pas se fier aux temps indiqués, à part la route en bleue qui est une vraie route (même si elle tourne beaucoup), les deux grises horizontales sont des chemins…

A gauche de la rivière Moei, c’est la Birmanie.
Elle n’est pas médecin officiel parce qu’elle n’a pas de diplôme de médecin thaï mais elle est tolérée. Elle travaille ici depuis bientôt vingt ans. Elle a commencé comme médecin pour une ONG dans les camps de réfugiés en Birmanie, elle est spécialisée dans la tuberculose. Elle a été obligée de quitter la Birmanie (à cause d’une des guerres), et a décidé de rester tout près mais de l’autre côté de la frontière, au début à Mae Sot puis dans la petite ville de Mae Salit. Je retrouve un peu la même configuration qu’au Laos, on peut « bosser » si on ne fait pas de vague…Elle fait le suivi des patients qui n’ont pas les moyens d’aller à l’hôpital à plusieurs reprises, notamment pour les patients qui ont un traitement anti-tubérculeux, ceux qui ont un cancer ou ceux qui ont fait un AVC. Elle fait aussi de la prévention chez les enfants, elle donne des vitamines C et B surtout et des pilules contre les oxyures. Elle donne aussi la pilule contraceptive, enfin, elle fait plutôt des injections qui durent trois mois, les femmes oublient de prendre les cachets. Elle distribue aux familles des filtres à eau, indispensables ici, grâce Rotary Club de Chiang Mai qui les lui fournit. Elle a aussi un rôle social dans l’intégration des nouveaux Karens. C’est un travail très prenant, elle est secondée par Aughtoo (qui a une quarantaine d’années) et Say K’pru (qui doit à peine avoir la trentaine), deux Karens qui l’aident depuis des années. Ils sont ses interprètes, ils connaissent bien les familles des villages et petit à petit, ils ont appris à faire un examen médical sommaire en amont des visites ce qui permet à Elisabetta de savoir si elle doit intervenir ou s’ils doivent envoyer le patient à l’hôpital. Aughtoo est très désireux d’apprendre, il parle très bien anglais, ça va être pratique pour échanger. Say K’pru est surtout préposé au nettoyage des filtres à eau et à la distribution des vitamines mais avec quelques années d’expériences, il sera aussi bon qu’Anghtoo pour le reste, il s’intéresse beaucoup.
La matinée commence par des connaissances du Père Alain qui ont appris que j’étais là ce matin, la femme de son maitre d’oeuvre qui a une sciatique depuis quelques mois et qui voudrait que je la voie et son mari qui a mal au dos aussi…Elisabetta est un peu contrariée et je comprends pourquoi. Ce sont des gens qui ont les moyens, la femme lui a déjà demandé des conseils mais ne les suit pas et va toujours voir d’autres médecins. En plus, après examen, j’ai pu voir son scanner (c’est dire si elle a les moyens 😉), elle n’a pas de sciatique mais plutôt une tendinite du moyen fessier, il va falloir qu’elle fasse quelques exercices d’étirements et un peu de massage…Son mari, par contre, a un bon lombago, j’ai de quoi faire 😅.

Ma « table » de travail.

Mes premiers patients à gauche, Anghtoon et Say K’pru à droite.
Bon, une fois cette visite terminée, nous partons vers un premier village, en bord de route. Elisabetta me prête sa moto et monte derrière Say K’pru. Je suis ravie de retrouver les sensations de la moto mais il faut que je me ré-habitue à passer des vitesses. J’ai toujours du mal à rétrograder mais je vais m’y faire. Déjà , je négocie mieux les virages depuis mes escapades autour de Chiang Mai 😉.
On s’arrête chez une dame qui souffre d’une polyarthrite rhumatoïde, je ne peux pas faire grand-chose pour elle 😬, Elisabetta lui donne des anti-inflammatoires et lui conseille de continuer à manger du curcuma, ce qu’elle fait déjà .

On roule jusqu’à un petit village, dans une vallée. Ici, les gens font pousser du riz, c’est leur première source de revenu. A cette saison, la majorité des gens est chez eux, ils attendent qu’ils soient temps d’aller nettoyer et préparer les champs, et c’est pour bientôt.




Je commence par soigner un monsieur qui a fait un AVC il y a 8 ans et qui a mal un peu partout. Il est handicapé sur tout un côté mais il est très volontaire et à force de stimuler, de malaxer, il a récupéré une certaine mobilité de son bras mais il n’a pas fait pareil sur sa jambe alors elle est toute verrouillée. Je lui montre comment travailler un peu l’extension du genou et de la hanche même si je pense que c’est trop tard, ses tendons se sont pas mal rétractés. Le plus fou est qu’il habite en hauteur, comme tous, je ne pense pas qu’il descende souvent…


Puis on passe voir un patient qui a un cancer, ce n’est pas pour moi mais ça me permet de regarder Elisabetta et Aughtoo travailler.



Juste après, nous allons voir son voisin qui lui a fait un AVC… il y a 4 jours. Décidément, je vais finir par croire que je vais devoir me spécialiser 😜. Là encore, il s’agit plus de donner des conseils à la famille que d’intervenir en temps que chiro mais je fais quand même quelques petites choses qui devraient le soulager.





Après tout ça, il est déjà l’heure de déjeuner et même au-delà . On marche à travers les rizières jusqu’à un temple où on va nous servir à manger. C’est aujourd’hui la pleine lune Karen (avec 24 h d’avance sur la pleine lune thaï, je ne sais pas pourquoi 🤔) et les gens ont amené à manger au temple donc il y en aura pour nous.











Elisabetta va ausculter un des moines, il a une tuberculose, elle essaie de le convaincre de prendre le traitement. Pendant ce temps, je m’occupe du genou d’un de ceux qui nous a préparé à manger.


Après manger, nous voyons encore deux patients pour Elisabetta puis ils m’emmènent voir Bibi, une petite fille de 8 ans qui a eu une méningite bactérienne il y a trois ans, qui est restée hospitalisée presque 1 an. Ils viennent de lui refermer sa trachéotomie alors il faut vérifier la cicatrisation. La majeure partie du temps, c’est le père qui s’en occupe, la mère est alcoolique et n’est pas bonne à grand-chose apparemment. Bibi a un bon handicap à la suite de sa maladie mais elle a beaucoup progressé, elle est très volontaire. Elle se tient assise, arrive à replier ses jambes, mais ne peut pas tenir dessus encore, il faut dire qu’elle est restée allongée très longtemps et elle bouge bien les bras. Elle parle peu (dit quelques mots simples) mais comprend tout, elle a un regard très vif et très intelligent. Elisabetta propose que je m’en occupe aussi. Le plus compliqué est d’instaurer la confiance, elle ne me connaît pas et la pauvre a déjà dû voir tellement de soignants… Heureusement que je ne me débrouille pas mal avec les enfants, au bout de quelques minutes, je peux la toucher et on peut même dire qu’elle apprécie ce que je lui fais :

Et bien pour une première journée, je suis vraiment contente mais épuisée !