32. Koh Kood 2 et fin du séjour.

Je suis quasiment la seule à rouler avec un casque sur cette île, quand on voit ce qui tombe sur le route, je trouve ça plus prudent 😜.

Les routes principales sont plutôt belles, c’est très escarpé, il y a beaucoup de montées, de descentes et de virages, quelques raccords de pont mériteraient d’être revus mais globalement, c’est agréable de rouler.

J’ai repéré une plage qui a l’air bien sympa avec, comme souvent sur l’île, un ressort qui est accolé. Les bâtiments sont magnifiques, c’est visiblement un hôtel chic, il y a une piscine à débordement avec vue sur mer et la plage est une petite crique assez intime d’où son nom « Hidden Beach ». En m’approchant de la plage, je suis surprise de voir qu’il n’y a vraiment personne dans l’eau et pour cause, impossible de s’y baigner :

On m’a expliqué plus tard que cette année, le temps est bizarre, il pleut beaucoup plus que d’habitude alors que c’est la saison sèche et que depuis une semaine, il y a un courant marin, différent de d’habitude qui ramène sur certaines côtes les déchets que rejettent les bateaux au large. Ils ont beau nettoyer, ça revient aussitôt. J’ai pu observer ça sur une autre plage, c’est vraiment terrible de voir tout ce que les gens balancent dans la mer sans se préoccuper de la faune et de la flore.

Et pourtant, sur l’île, ils trient beaucoup et j’ai trouvé qu’il y avait moins de déchets plastiques sur les bas-côtés des routes.

Une guesthouse rigolote, la pelouse est fausse, on ne se rend pas bien compte sur la photo. Il y a 4 petites maisons indépendantes, et c’est tout près d’une plage sympa.

Des maisons sur la mangrove.

Ma plage sympa et là encore, je suis seule, dans l’eau et sur le sable et pourtant il y a des touristes, mon bateau était plein à l’aller. Ils doivent aller faire des excursions de snorkeling ou rester dans leurs hôtels. Le gouvernement thaïlandais a offert aux plus pauvres de la classe moyenne de payer une partie de leurs vacances. Ils prennent en charge le transport et une grande partie du coût des nuits dans les hôtels. L’idée est de permettre aux gens de prendre trois jours (ils viennent surtout sur un week-end, ils n’ont pas cinq semaines de vacances !) et de faire fonctionner les hôtels, une façons de les soutenir pendant cette crise. En fait, je les ai surtout croisés en fin de journée, là la plage est envahie de gens qui se prennent en photo devant le coucher de soleil 😉.

Mon propriétaire m’a conseillé d’aller voir un village flottant de pêcheurs à l’est de l’île et d’y déjeuner. C’était une très bonne idée, mon repas au restaurant est délicieux, les pétoncles et les langoustes sont frais, bien cuisinés et les légumes croquants. Le village en lui-même est plein de charme.

Original les scooters dans la maisons mais en fait, il n’ a pas de place pour les garer en dehors, entre les maisons court un petit chemin étroit.

Moi, j’ai tout fait à pied, je ne me suis pas vu rouler sur ça 😬.

Les habitants de l’île vivent du tourisme, de la pêche, de la récolte de noix de coco qui sont envoyées sur le continent pour être transformées (ils fabriquent aussi un peu d’huile mais plutôt pour la consommation locale) et de la récolte du latex sur les hévéas. Le latex se récolte la nuit parce que c’est le moment où l’arbre en produit le plus. La femme de ménage de mes propriétaires cumule comme ça deux emplois, ménage quelques heures dans la journée et récolte de latex la nuit.

Un champ de cocotiers

Un champ d’hévéa.

Le latex brut en blanc sur l’image. Ce qui est un peu jaune est une jeune noix de coco, on en retrouve dans chaque bol, je ne sais pas si ça sert de « cuillère » ou si ça a une utilité anti bactérienne, anti insecte ou autre…

Dernière baignade avant de partir, encore une autre belle plage…

Cool, je vais pouvoir prendre mon avion 😜.

Et voilà, fin du séjour, les nuages me rappellent la Normandie, il est temps de rentrer. Ferry puis songtaew puis avion pour rejoindre Bangkok.

Bangkok et son coucher de soleil du haut du 46ème étage du « Cielo », bar restaurant.

FIN

31. Koh Kood (ou Kut) 1

J’ai mis le chemin comme pour un piéton parce que sinon, je n’arrivais pas à tout mettre étant donné que j’ai pris l’avion, le taxi, le minibus, le songtaew et le ferry 😅.

Je me suis décidée pour cette petite île au hasard. J’avais envie d’aller sur la côte est de la Thaïlande parce que j’ai déjà eu l’occasion de voir quelques îles du côté ouest les années précédentes et même si j’avais beaucoup aimé et que je n’ai pas tout vu encore, j’ai eu envie de changer. Cette fois, je suis près de la frontière cambodgienne et mes recherches parlent d’une île peu fréquentée par les touristes 😉. Sur le ferry, bondé parce que c’est samedi, on doit être 4 ou 5 occidentaux, pas plus. C’est une compagnie qui ne rigole pas avec la sécurité, tout le monde doit enfiler un gilet de sauvetage, c’est vachement rassurant ! Par contre côté Covid, une prise de température frontale normale et hop, c’est ok 😜.

J’ai réservé au Pink Kangaroo, petite guesthouse très sympa, tenue par Dick, un australien (facile à deviner vu le nom de la guesthouse 😉) et Wan, sa femme thaïlandaise. Ils sont vraiment très accueillants, ils me font venir un scooter et m’indiquent des endroits sympas à visiter, des restos à tester, des plages où buller… J’avoue que je passe mon jour d’arrivée à bouquiner et à me baigner sur une plage très belle, d’autant qu’il n’y a pratiquement personne sur le sable et vraiment personne dans l’eau 😃.

Le lendemain, je pars en exploration, il y a deux cascades sur l’île, une facile d’accès et l’autre plus confidentielle…évidemment mon choix se porte d’abord sur la deuxième 😇. Armée de mon téléphone en mode GPS, je tente de la localiser, ça a l’air simple, j’essaie plusieurs chemins en scooter ou à pied, rien à faire, je ne la trouve pas. Je tombe sur une maison tout au bout d’un chemin où un chien m’accueille en aboyant bien fort, la cascade n’a pas l’air si loin…mais le monsieur qui y habite à qui je demande ma route, ne parlant pas anglais, me fait des grands signes, genre « c’est par là », pas vraiment très utile sachant que « par là », c’est la jungle ! Je retourne à mon scooter encore une fois quand je vois une fille arriver en scooter aussi. Elle me demande en anglais si je sais où est la cascade et je lui réponds que je la cherche aussi. On décide alors de la chercher ensemble. Nos GPS n’indiquent pas la même chose, le mien propose un chemin piéton que j’avais remarqué mais comme une grosse toile d’araignée barrait l’entrée, je m’étais dit que ça ne pouvait pas être ça. On décide de tenter quand même, et c’est donc armée d’un bâton pour enlever les toiles qui sont devant moi qu’on décide d’avancer sur ce sentier. C’est très joli mais finalement, au bout de trois quarts d’heure, on doit se rendre à l’évidence, ça ne mène nulle part et surtout, on est bloqué, il faudrait un coupe-coupe pour continuer 😂. On fait donc demi-tour, on essaie encore quelques voies sur le chemin qui ont l’air exploitable, mais en vain. On décide alors de revenir sur nos pas et d’aller demander notre route à la prochaine maison où on peut trouver quelqu’un qui parle anglais 😅. Pendant notre balade, j’ai appris qu’elle s’appelle Onyx, qu’elle est brésilienne, qu’elle habite Berlin en ce moment, qu’elle a eu un boy friend français, qu’elle aime les vieux arbres et méditer 😜.

C’est sûr qu’avec des bonnes indications, c’est plus facile ! Ça m’apprendra à faire confiance à une machine plutôt qu’à un être humain…j’ai oublié que c’est tellement plus simple de parler à quelqu’un même si on ne parle pas a même langue 😬.

Le chemin était très dur, rien que des gravillons sur cinq kilomètres, et des pentes assez raides, en montant, en descendant… je trouve le moyen de tomber en descente cette fois, j’ai glissé 😬, toujours à moitié à l’arrêt, donc plus de peur que de mal et un rétro cassé 😅. Quand je regarde attentivement mon scooter, je me rends compte que la roue avant est complètement lisse, je suis rassurée, ce n’est pas que je conduis si mal 😇.

Mais ça valait le coup de chercher si longtemps :

J’aurais adoré faire comme elle sur la dernière photo mais en fait, quand je lui ai prêté mes chaussons, en les retirant, je me suis rendue compte que j’avais une sangsue accrochée entre mon quatrième et cinquième orteil 😱. N’étant pas très fan de ces bestioles et ayant eu du mal à la décrocher, je n’ai pas voulu retourner dans l’eau 😬.

Heureusement, pour me rassurer j’ai lu ça dès que j’ai eu du réseau : « L’humain n’est pas dans la mire des sangsues. Elles préfèrent les grenouilles, les poissons et les oiseaux, mais quand elles s’agripent à un humain, ce n’est pas dangereux. Les sangsues ne portent pas de virus qui pourraient être transmis à l’humain. » et « Il est aussi possible d’attendre et de laisser la sangsue terminer son repas. Quelques minutes plus tard et une fois rassasiée, elle tombera tout simplement. » mais là, je n’aurais pas pu attendre, j’ai eu trop peur !

Je suis allée prendre un café pour me remettre de mes émotions pendant qu’Onyx restait un peu à la cascade puis nous sommes allées voir un arbre remarquable de cinq cents ans 😃 et un deuxième à peine plus jeune.

Puis Onyx est restée méditer au pied de l’arbre pendant que j’ai continué ma route, je suis allée à l’autre cascade, bien moins jolie et surtout pleine de touristes thaïlandais avec leur gilet de sauvetage, on ne sait jamais, des fois qu’ils tombent dans l’eau 😅.

Je finis ma journée entre mangrove et plage :

30. Mae Sot 4

Sur la route, j’aperçois un panneau indiquant une grotte et des sources chaudes que je n’avais pas repérées sur Google Maps. Je décide de commencer par la grotte et d’aller me baigner après. Au pied de la petite montagne, il y a un plan d’eau avec des pêcheurs autour et une île au centre. On retrouve un petit mausolée, celui-ci semble être affecté aux jeunes mariées mais pas aux mariés 🤔. Je ne comprends toujours pas l’intérêt de laisser de la nourriture et des boissons souvent entamées en guise d’offrandes, j’ai cherché l’explication et j’ai trouvé ça : « Pourquoi fait-on des offrandes aux représentations du Bouddha ? Simplement parce que nous oublions souvent la présence du Bouddha, la présence de l’amour et de la tendresse. Aussi est-il parfois bénéfique de faire un geste qui nous ancre dans cette dimension […] » et aussi,  » Ce rituel compte, entre autres, des offrandes de nourritures présentées régulièrement dans les temples bouddhiques (tera) et sur les autels domestiques (butsudan), à l’intention des défunts, des ancêtres et des bouddhas : la chair animale étant prohibée, il s’agit de nourritures constituées seulement de produits végétaux, à l’exclusion des plantes à saveur et odeur fortes (alliacées, gingembres, poivriers…). » N’empêche que ça ne parle pas de canettes de soda ou autres boissons sucrées…

Pour la grotte, il n’y a pas vraiment d’indication mais je finis par dénicher un petit chemin aménagé qui a l’air de monter, alors je l’emprunte. Je grimpe pendant quarante minutes, je suis toujours essoufflée, merci le Covid, et n’en voyant pas le bout, je me dis que j’ai dû me tromper. Je vais faire demi-tour quand, alors que je n’ai vu aucun animal sur mon chemin, j’ai juste entendu quelques lézards se faufiler dans les feuilles mortes, je vois un écureuil qui a l’air de me dire que je suis sur la bonne voie et oui, je parle couramment le langage écureuil 😇 , je continue encore cent mètres et j’y suis 😅.

La descente sera beaucoup plus rapide même si les genoux trinquent un peu 😜. Je me dirige vers la source d’eau chaude située juste à côté. Je n’ai pas de chance, l’endroit est désert, les bassins sont vides 😩 mais je vois quand même l’origine de la source, ça coule sans discontinuer, ça fume et ça sent fort le souffre. J’y passe un doigt vite-fait pour tester, c’est brûlant ! Il reste une petite boutique ouverte qui vend des oeufs à faire cuire dans l’eau de source, je me demande depuis combien de temps ils sont dans les filets en attendant d’être achetés 🤔.

Je reprends la route pour aller à l’adresse que j’avais pour des bains chauds et là, ça n’a rien à voir, c’est beau et ça fonctionne très bien. Même si je suis seule quand je me baigne, il y a deux messieurs qui sont partis quand j’arrivais et quatre dames qui arrivent quand j’ai fini. Une fois encore, je suis la seule blanche mais ça ne me gène pas. Je ne suis pas dans la région la plus touristique de Thaïlande 😉. J’enchaine sur une heure de massage parce qu’ils le proposent et que je trouve que ça va bien avec 😇.

Je reprends la route du retour toute détendue, je m’arrête visiter un temple dans un village. Ça a l’air d’être un jour de fête.

Un peu plus loin dans la campagne, je vois de la fumée au loin, quand je m’approche, je réalise qu’ils font brûler des champs volontairement pour les désherber. C’est assez courant, radical, très efficace et peu fatigant. Ça fait un bruit incroyable toutes ces feuilles et ces branches au sol qui brûlent. J’ai même vu un homme en scooter, juste devant moi, mettre le feu à intervalle régulier à des feuilles et des branchages rassemblés en tas au bord de la route, il a fallu que je roule à droite, c’était vraiment chaud et il y avait des flammèches qui volaient…

Puis c’est le retour en ville, je flâne un peu au hasard :

C’était mon dernier jour à Mae Sot, demain, avion pour Bangkok puis minibus jusqu’à Trat où je vais passer la nuit avant de rejoindre ma destination finale. Je suis toujours positive mais moins, le trait met plus de temps à se former et il est moins vif ! Je croise les doigts pour qu’on ne me demande rien ; en général, ils n’exigent pas de PCR ni de pass vaccinal pour les vols intérieurs et de fait, je ne suis pas ennuyée avec ça 😅.

29. Mae Sot 3

J’ai quitté mon palace pour une chambre plus modeste mais plus adaptée à mon budget. J’ai trouvé cette guesthouse sur un blog, les propriétaires sont sympas, c’est bien situé et c’est propre.

Je décide de partir en exploration dans Mae Sot et autour, j’enfourche mon fidèle destrier mais je reviens au bout de 500 mètres, je me disais aussi qu’il était bizarre…

Heureusement, la proprio en a un autre en réserve et je repars illico 😃.

Le quartier musulman :

Le quartier chinois :

Le quartier bouddhiste :

Un des grands centres commerciaux, il n’y a pas foule…

Puis c’est la grande route, je m’arrête dès que j’ai envie de prendre une photo, j’ai tout mon temps :

Arrivée à une cascade, je me suis baignée, elle était bonne et j’étais seule 😃

Petite pause café dans un endroit très original avec une jolie vue :

28. Mae Sot 2

Bon, quitte à être cloîtrée, autant prendre un hôtel sympa. Je me décide pour « The Teak », qui a le gros avantage d’avoir une piscine, une vraie et un bon restaurant. Evidemment, ça a un prix, 50 € la nuit quand même 😬, mais je m’accorde deux jours comme ça, histoire de me consoler de mon résultat positif 😉. Je mets bien mon masque dès que je quitte la chambre et de toutes façons, il n’y a pas foule, je prends toujours l’ascenseur seule, je suis la seule utilisatrice de la piscine et je mange dehors au resto 😷.

Le mercredi, Elisabetta vient à Mae Sot pour son boulot, elle me propose d’aller voir deux patients avec elle, je suis ravie de sortir un peu. On est accompagné de Totor, le pendant d’Aunghtoo ici à Mae Sot. Le premier patient vit chez ses parents, c’est un jeune Karen birman de 25 ans qui a été accusé à tort du meurtre d’une jeune fille, le vrai coupable ayant eu suffisamment d’argent pour avoir été innocenté, comme souvent… Il a été emprisonné au Myanmar, il y a 5 ans, il a maintenant des permissions de rentrer chez ses parents de temps en temps. Il a été frappé en détention, je peux le sentir à sa façon de tressaillir quand je le touche, et pourtant, j’y vais tout doucement et je demande à chaque fois à Totor d’expliquer ce que je vais faire, je sais que les gens battus ont des défenses qu’ils ne peuvent pas empêcher. Il se plaint de douleur de dos mais il a de telles contractures que ce n’est pas étonnant. Il n’arrive pas à travailler parce qu’il a trop mal que ce soit assis ou debout. Il n’a plus d’abdos et il a des courbures vertébrales qui ne sont pas normales. Je pense qu’il est traumatisé physiquement et psychologiquement et qu’il aurait besoin d’une aide plus grande pour parvenir à vivre normalement. Elisabetta va se renseigner, elle connaît une Karen psychologue qui pourrait peut-être intervenir et je suggère qu’il accepte de se faire masser pour parvenir à détendre ses muscles, en espérant que celui ou celle qui le fera sera délicat(e).

C’est une famille qui élève des chèvres et ça sent très fort sur tout le terrain, c’est la première fois que l’odeur des animaux me dérange…j’aurai bien aimé avoir perdu l’odorat avec le covid 😜.

Le deuxième patient, un jeune de 25 ans aussi, est tombé d’un arbre assez haut il y a 4 mois. Il est paraplégique et a des escarres comme je n’en ai jamais vu. Je regarde simplement Elisabetta le soigner, je ne suis d’aucune utilité dans un cas pareil. Je suggère juste de lui faire passer une radio (il n’en a jamais eu) pour savoir quel étage est atteint et à quel point c’est important, pour savoir s’il y a un espoir qu’il récupère quelque chose. Malheureusement, il n’y a pas de soins gratuits comme chez nous, si ça avait été le cas, il aurait sûrement été opéré tout de suite, aurait fait de la rééducation et aurait peut-être eu une chance d’avoir une vie plus « normale ». Là, je ne pense pas qu’il progressera beaucoup et il a deux enfants en bas âge… Elisabetta lui a fait passer une radio le lendemain, on devine la fracture mais ce n’est pas facile de faire un diagnostique avec ça 😩.

Pour finir cette journée, on va dîner chez une amie Karen d’Elisabetta qui tient une pizzeria (qui n’est pas très bonne 😬) et on y rencontre une de ses amies, une canadienne qui est responsable d’une association qui lutte contre l’alcoolisme, la drogue et les violences dans les camps de réfugiés birmans. J’apprends beaucoup de choses auprès de tous ces gens qui ont des vies complètement dédiées aux autres.

27. Mae Salit fin et Mae Sot 1

Hier soir, vendredi, il y a eu un orage incroyable assorti d’une pluie diluvienne qui n’a pas cessée de la nuit, au réveil, il n’y a ni eau ni électricité. Il parait que ça arrive fréquemment quand il pleut beaucoup et très rapidement. J’ai été bien inspirée de prendre ma douche la veille au soir et on a de la chance, Elisabetta a une gazinière donc on peut manger, mais il n’y a pas de réseau, donc pas de blog 😉.

Il pleut sans discontinuer toute la matinée donc la virée que je pensais faire dans la montagne tombe à l’eau… Il faut aussi qu’on s’organise pour que je puisse aller à Mae Vé, dans le village où il y a l’autre centre du père Alain et où on m’attend à partir de lundi pour soigner les villageois qui le voudront bien. Il faut aussi que je trouve un moyen d’en repartir jeudi soir ou vendredi matin tôt pour être à Mae Sot, à quatre heures de route, j’ai mon avion pour Bangkok à midi et demi.

Ayant eu mal à la tête les trois premiers matins de cette semaine, ayant été un peu essoufflée toute la semaine, ayant encore comme un petit poids sur le sternum et l’impression d’avoir respiré de l’air glacé et me sentant toujours un peu en sous-régime (mais c’est la chaleur, c’est parce que j’ai vu beaucoup de patients, c’est parce qu’on a beaucoup marché, c’est parce que j’ai mal dormi…j’en ai plein des raisons d’être dans cet état 😉), je me décide enfin à faire un auto-test et en moins de trois minutes le résultat est sans appel :

Bon, voilà qui change tous les plans qu’on était en train d’échafauder…La bonne nouvelle, c’est qu’Elisabetta n’est pas du tout flippée par le covid donc je peux rester chez elle au moins le temps de voir comment je fais. Comme elle a une vie en dehors de moi, et que je ne voudrais pas la contaminer (ce n’est pas comme si on avait déjà passé toute la semaine ensemble 😇), et qu’elle contamine les autres à son tour, je décide d’aller à Mae Sot dès le lendemain. J’irai me faire tester officiellement et encore j’hésite, je n’ai pas envie de me retrouver coincée dans un hôpital thaïlandais 10 jours et je n’ai aucun symptômes qui nécessitent d’occuper un lit qui pourrait être bien plus utile à un vrai malade ! On prévient le père Alain que je ne pourrai malheureusement pas le rejoindre lundi, et même s’il est déçu, il est totalement d’accord, son centre pourrait être fermé s’il y a des cas positifs. Elisabetta va chercher ma valise restée à Ban Tha Yang (je n’avais pris qu’un sac à dos pour rester chez elle), elle en profite pour tester Francis qui était là-bas et qui avait été un peu malade aussi en début de semaine chez elle, mais il est négatif, ouf 😅.

Dimanche, me voilà donc de nouveau sur la route, je mets bien mon masque et heureusement, les transports que j’utilise sont « en plein air », les fameux Songthaew.

Un premier trajet : Mae Salit-Mae Tan, c’est dimanche, il n’y a pas de bus direct pour Mae Sot et on mettra quarante-cinq minutes 😉.

C’est sympa, je voyage avec Bibi et son Papa, je suis contente de la revoir et elle se rappelle de moi 😃. Elle va passer la nuit à l’hôpital de Mae Tan puis ils l’emmènent en ambulance sur Mae Sot demain pour qu’elle y passe des examens pour son suivi.

Dans celui-là, il y aura beaucoup de monde, mais je suis tout au fond, j’écoute un livre audio la tête, toujours masquée, posée sur ma valise, je ne parle à personne 😷.

Le trajet prendra deux heures, il y a beaucoup d’arrêts sur la route, les gens montent et descendent et il y a au moins trois contrôles de policiers pour les papiers d’identité… pas de doute, on est très proche de Myanmar.

Arrivée à Mae Sot, je passe à mon hôtel pour déposer mes bagages avant de me rendre à l’hôpital. Il n’est pas terrible mais vu que je l’ai pris au dernier moment et que je ne sais pas encore ce qui va se passer une fois que j’aurai fait mon test, j’ai préféré en prendre un pas cher avec un balcon, ben j’aurai pas dû…

Je ne suis pas difficile mais là, c’est franchement sale dans les escaliers qui mènent à la chambre, l’autel est visiblement dédié à la déesse du maquillage (bon, c’est vrai que ça n’a pas d’importance mais quand même…), les coussins sur le lit sont tout tachés, les draps sont en fin de vie (mais propres 😅) et le balcon donne sur des réservoirs à eau, déprimant… et demain, le petit déjeuner, inclus dans le prix, ne sera vraiment pas bon 😩.

J’ai choisi l’hôpital privé (International, s’il vous plaît !) parce que je sais que les hôpitaux publics ont plus tendance à garder les cas positifs, même sans symptômes, et ils posent aussi beaucoup plus de questions sur où on a été avant, qui on a vu etc… Or j’ai promis à Elisabetta et au père Alain que je ne dirai pas que je suis passé par chez eux pour ne pas qu’ils soient ennuyés. J’ai donc concocté une histoire de routarde qui a fait Chiang Mai – Mae Sot et qui a dormi dans les monastères et les guesthouses pas chères (qui ne demandent pas de papier covid) et dont j’ai complètement oublié les noms. Ils ne peuvent pas savoir que j’ai une énorme valise qui n’est pas compatible avec le mode de vie de routard 😇. La dame de l’accueil « spécial Covid » parle anglais avec un fort accent asiatique, je lui fais répéter plusieurs fois ses questions, de même que mon accent français me fait lui répéter mes réponses, bref il se passe pas mal de temps avant que tout soit clair 😜. Je me décide pour un test anti-génique parce que le PCR coûte vraiment cher et encore plus si on veut un papier officiel d’un médecin, or je n’en ai pas besoin, enfin j’espère, on verra par la suite si je ne vais pas regretter cette étape. Elle m’explique également que si je suis positive, je serai hospitalisée et que ça me coûtera 150000 Baths, soit environ 4000 € ! Après m’avoir pesée, mesurée, avoir pris ma tension, ma saturation et m’avoir demandé trois fois si j’avais des symptômes (et bien sûr j’ai dit non…), j’ai le droit à mon coton tige dans le nez. La personne qui me fait ça est douce et ne me fait qu’une narine 🥳. On me prévient que j’aurai le résultat dans quarante-cinq minutes alors je file me chercher à manger au 7 Eleven juste à côté, je commence à avoir très faim, il est bientôt seize heures et je n’ai rien mangé depuis ce matin. Je suis à peine arrivée à la caisse que mon téléphone sonne, la fille de l’accueil m’appelle pour me dire que je suis positive (tiens, quelle surprise !) et qu’il faut que je revienne IMMEDIATEMENT. Je finis mes achats et retourne à l’hôpital tout en mangeant des fois qu’ils m’enferment dans une chambre pour un moment…Elle me dit qu’ils ne peuvent pas me garder mais que je dois m’isoler dix jours dans mon hôtel, je lui explique que j’ai eu les symptômes il y a une semaine maintenant et que je ne suis donc plus trop contagieuse et que dix jours c’est un peu exagéré. Elle discute avec le médecin qui était juste à côté et me dit ok pour sept jours. Je leur explique que je ne suis pas d’accord et que je vais revenir d’ici trois jours et que je serai négative, le médecin lève les yeux au ciel et fait un geste qui veut dire : faites ce que vous voulez, je m’en contrefiche 🙄. Je n’ai pas l’intention de revenir bien évidemment et je m’en sors plutôt bien, ils ne m’ont absolument pas demandée d’où je venais 😅.

26. Autour de Mae Salit 3

C’est déjà mon dernier jour de travail avec Elisabetta, ça passe vite ! Nous partons dans un autre village, où habite l’oncle d’Aunghtoo entre autres. Je suis sur la moto derrière Say K’pru parce qu’on va passer par un chemin difficile d’accès et que je suis tombée hier en montant dans une côte hyper pentue, je n’ai pas passé la première à temps et les freins n’étaient pas terribles alors j’ai glissé dans la pente et n’ai pas réussi à retenir la moto…mais rien de grave, un peu de peau brûlée sur le mollet 😅. Ça ne m’empêche pas de bosser !

Le village est très étendu, on marche beaucoup …

Ici, ce sont des grands-parents qui viennent d’arriver de Myanmar pour garder leurs petites filles (elles sont six dont des jumelles !) pendant que leur fille travaille. La grand-mère, après examen, souffre de tuberculose. Aunghtoo et Elisabetta vont s’occuper d’elle. Pendant ce temps, je regarde Say K’pru donner des vermifuges et des vitamines à ces petites qui en ont bien besoin.

Après cette famille, nous sommes enfin arrivés chez l’oncle d’Aunghtoo. Elisabetta se désespérait parce qu’on n’avait pas vu beaucoup de patients pour moi depuis le début de la journée, les choses allaient changer…Au début, comme souvent, j’en soigne un ou une qui se dévoue, puis d’autres se décident, tout le monde a mal quelque part. Mais là, cette fin d’après-midi, c’était de la folie, j’ai enchainé les patients pendant une heure et demi ! Heureusement, c’était une maison cossue, j’ai pu travailler sur un grand banc et non par terre 😅. Par contre, il faisait très très sombre, on n’a pas pu prendre de photos, mais je pense que vous en avez vu assez de moi en train de travailler 😉.

De retour à la maison, on a retrouvé Francis et Nicole qui faisaient des travaux d’électricité pour Elisabetta. J’ai continué ma journée en m’occupant de Francis qui avait mal à l’épaule, au coude et au poignet 😅.

Au fait, c’est ça le filtre à eau qu’on trouve dans les maisons Karen où Elisabetta a pu en distribuer, les gens peuvent boire une eau qui ne rend pas malade 😃.

25. Autour de Mae Salit 2

Ce matin, je donne quelques notions d’anatomie à Elisabetta, Aunghtoo et Say K’pru. Je me sers de vidéos en 3D sur Youtube pour illustrer mes propos. Je leur apprend à palper et à détendre quelques muscles qui pourraient bien soulager leurs patients. Je montre à Aunghtoo comment mobiliser une hanche, un genou, une cheville et des orteils. Je fais pareil avec l’épaule, le coude, le poignet et les doigts, des exercices de mobilisation simples et des points gâchettes à détendre.

C’est parti pour une nouvelle journée de boulot, la fine équipe est prête :

On commence par un vieux monsieur qui a fait un AVC il y a quelques années. Il vit dans sa maison, il se débrouille plutôt bien même si tout son côté gauche ne fonctionne pas correctement. Il arrive à marcher, en boitant fort, sur 10 mètres, pour aller de chez lui à chez sa fille, en se tenant à un bâton d’une main et sur un bambou horizontal, tenu par deux pieds, de l’autre main. Je commence à penser sérieusement que les Karen sont particulièrement résistants à la douleur voire insensibles 🤔.

Je vais ensuite soigner sa fille et une autre dame au passage. J’aurai fait l’attraction de la journée pour les enfants qu’on ne voit pas vraiment sur les photos mais qui étaient tout autour à observer 😉.

Pendant ce temps, des jeunes jouent dehors :

Ce village est très grand, on y voit des gens qui travaillent, des métiers très divers. Des femmes qui coupent et rangent du bois, des grands-parents qui élèvent leurs petits-enfants pendant que les parents travaillent à la ville (parfois même à Bangkok), une tisserande, une cultivatrice de coton, une « pileuse » de riz, un ébéniste de métier à tisser, des ouvriers du bâtiment qui construisent une église baptiste, des gardiens de troupeaux… J’ai eu la chance d’en soigner quelques uns ou des membres de leur famille.

Elle, je ne l’ai pas ajustée mais j’adore sa bouille 😃

24. Autour de Mae Salit

La chambre que j’occupe chez Elisabetta est très agréable, je n’ai pas fermé les portes hier soir et j’ai eu l’impression de dormir en plein air, avec quand même un toit sur ma tête et une moustiquaire pour me protéger des petites bêtes 😜. Le matin, je déguste un petit déjeuner européen, Elisabetta fait son pain elle-même et il est vraiment bon 😋.

Le matin, pendant que Say K’pru prépare les médicaments, Elisabetta et Aunghtoo décident de qui ils vont voir, dans quel ordre ils vont faire les visites, ils bousculent un peu leur planning hebdomadaire en fonction des gens que je peux aider, tout en prévoyant de s’occuper de leurs patients habituels.

Nous commençons par aller voir une vieille dame qui a un cancer du foie et à qui ils donnent un peu de morphine. Je les laisse discuter avec la famille et me promène dans le village.

On reprend la route pour aller dans un village plus dans les terres. En chemin, on rencontre des femmes qui vont traverser la frontière pour aller voir leur famille. Aunghtoo leur demande si elles n’ont pas mal au dos et une des femmes acquiesce et accepte que je m’occupe d’elle 😃. Il y a une maison vide juste à côté, elle ne sert qu’aux saisonniers, on l’utilise pour la séance.

Le prochain village est, comme souvent, composé de 60 % de maisons très modestes, avec un sol en bambou (ça fait mal aux pieds quand on fait du 41 et qu’on marche pieds nus !), 30% de maisons avec un peu plus de confort (un sol en planches, une table basse pour les repas, des pièces séparées, un panneau solaire pour un peu d’électricité) et 10% de maisons « riches », souvent financées par des Karens partis vivre aux Etats-Unis ou en Europe et qui envoient de l’argent à la famille, ce sont des maisons plus cossues, avec un toit en tôle et non en feuilles, il y a une petite armoire pour les vêtements, un banc et quelques meubles et l’électricité. Et sous toutes les maisons ou à côté, il y a des animaux. Là encore, selon la richesse des gens, il n’y aura que des poules, ou alors quelques canards, puis en montant l’échelle sociale, il y a les cochons et les chèvres, le top étant d’avoir des vaches.

La famille chez qui je vais travailler et qui va nous inviter à déjeuner :

Dans ce village, les enfants ne vont pas à l’école, ça n’a pas repris pour eux, alors on les voit jouer ou aider selon…Ici, les femmes et les enfants entassent du bois en prévision de la saison des pluies quand il faut faire du feu quasi en permanence pour assécher les maisons et faire sécher les vêtements et les nattes.

Sur la route du retour :

23. Enfin un peu de Chiro 😉

Elisabetta habite à une demi-heure du centre du père Alain, le Brother (le diacre) me dépose chez elle en voiture. Je ne suis pas à 100% de mes capacités mais ça va, je n’ai plus de fièvre, juste un peu mal à la tête mais avec le paracétamol, ça s’estompe et j’ai très envie de bosser.

La maison d’Elisabetta

Elisabetta travaille dans quelques villages aux alentours de Mae Salit, voilà en gros son secteur, ce n’est pas facile à vous montrer… Comme d’habitude, il faut ne pas se fier aux temps indiqués, à part la route en bleue qui est une vraie route (même si elle tourne beaucoup), les deux grises horizontales sont des chemins…

A gauche de la rivière Moei, c’est la Birmanie.

Elle n’est pas médecin officiel parce qu’elle n’a pas de diplôme de médecin thaï mais elle est tolérée. Elle travaille ici depuis bientôt vingt ans. Elle a commencé comme médecin pour une ONG dans les camps de réfugiés en Birmanie, elle est spécialisée dans la tuberculose. Elle a été obligée de quitter la Birmanie (à cause d’une des guerres), et a décidé de rester tout près mais de l’autre côté de la frontière, au début à Mae Sot puis dans la petite ville de Mae Salit. Je retrouve un peu la même configuration qu’au Laos, on peut « bosser » si on ne fait pas de vague…Elle fait le suivi des patients qui n’ont pas les moyens d’aller à l’hôpital à plusieurs reprises, notamment pour les patients qui ont un traitement anti-tubérculeux, ceux qui ont un cancer ou ceux qui ont fait un AVC. Elle fait aussi de la prévention chez les enfants, elle donne des vitamines C et B surtout et des pilules contre les oxyures. Elle donne aussi la pilule contraceptive, enfin, elle fait plutôt des injections qui durent trois mois, les femmes oublient de prendre les cachets. Elle distribue aux familles des filtres à eau, indispensables ici, grâce Rotary Club de Chiang Mai qui les lui fournit. Elle a aussi un rôle social dans l’intégration des nouveaux Karens. C’est un travail très prenant, elle est secondée par Aughtoo (qui a une quarantaine d’années) et Say K’pru (qui doit à peine avoir la trentaine), deux Karens qui l’aident depuis des années. Ils sont ses interprètes, ils connaissent bien les familles des villages et petit à petit, ils ont appris à faire un examen médical sommaire en amont des visites ce qui permet à Elisabetta de savoir si elle doit intervenir ou s’ils doivent envoyer le patient à l’hôpital. Aughtoo est très désireux d’apprendre, il parle très bien anglais, ça va être pratique pour échanger. Say K’pru est surtout préposé au nettoyage des filtres à eau et à la distribution des vitamines mais avec quelques années d’expériences, il sera aussi bon qu’Anghtoo pour le reste, il s’intéresse beaucoup.

La matinée commence par des connaissances du Père Alain qui ont appris que j’étais là ce matin, la femme de son maitre d’oeuvre qui a une sciatique depuis quelques mois et qui voudrait que je la voie et son mari qui a mal au dos aussi…Elisabetta est un peu contrariée et je comprends pourquoi. Ce sont des gens qui ont les moyens, la femme lui a déjà demandé des conseils mais ne les suit pas et va toujours voir d’autres médecins. En plus, après examen, j’ai pu voir son scanner (c’est dire si elle a les moyens 😉), elle n’a pas de sciatique mais plutôt une tendinite du moyen fessier, il va falloir qu’elle fasse quelques exercices d’étirements et un peu de massage…Son mari, par contre, a un bon lombago, j’ai de quoi faire 😅.

Ma « table » de travail.

Mes premiers patients à gauche, Anghtoon et Say K’pru à droite.

Bon, une fois cette visite terminée, nous partons vers un premier village, en bord de route. Elisabetta me prête sa moto et monte derrière Say K’pru. Je suis ravie de retrouver les sensations de la moto mais il faut que je me ré-habitue à passer des vitesses. J’ai toujours du mal à rétrograder mais je vais m’y faire. Déjà, je négocie mieux les virages depuis mes escapades autour de Chiang Mai 😉.

On s’arrête chez une dame qui souffre d’une polyarthrite rhumatoïde, je ne peux pas faire grand-chose pour elle 😬, Elisabetta lui donne des anti-inflammatoires et lui conseille de continuer à manger du curcuma, ce qu’elle fait déjà.

On roule jusqu’à un petit village, dans une vallée. Ici, les gens font pousser du riz, c’est leur première source de revenu. A cette saison, la majorité des gens est chez eux, ils attendent qu’ils soient temps d’aller nettoyer et préparer les champs, et c’est pour bientôt.

Je commence par soigner un monsieur qui a fait un AVC il y a 8 ans et qui a mal un peu partout. Il est handicapé sur tout un côté mais il est très volontaire et à force de stimuler, de malaxer, il a récupéré une certaine mobilité de son bras mais il n’a pas fait pareil sur sa jambe alors elle est toute verrouillée. Je lui montre comment travailler un peu l’extension du genou et de la hanche même si je pense que c’est trop tard, ses tendons se sont pas mal rétractés. Le plus fou est qu’il habite en hauteur, comme tous, je ne pense pas qu’il descende souvent…

Puis on passe voir un patient qui a un cancer, ce n’est pas pour moi mais ça me permet de regarder Elisabetta et Aughtoo travailler.

Juste après, nous allons voir son voisin qui lui a fait un AVC… il y a 4 jours. Décidément, je vais finir par croire que je vais devoir me spécialiser 😜. Là encore, il s’agit plus de donner des conseils à la famille que d’intervenir en temps que chiro mais je fais quand même quelques petites choses qui devraient le soulager.

Après tout ça, il est déjà l’heure de déjeuner et même au-delà. On marche à travers les rizières jusqu’à un temple où on va nous servir à manger. C’est aujourd’hui la pleine lune Karen (avec 24 h d’avance sur la pleine lune thaï, je ne sais pas pourquoi 🤔) et les gens ont amené à manger au temple donc il y en aura pour nous.

Elisabetta va ausculter un des moines, il a une tuberculose, elle essaie de le convaincre de prendre le traitement. Pendant ce temps, je m’occupe du genou d’un de ceux qui nous a préparé à manger.

Après manger, nous voyons encore deux patients pour Elisabetta puis ils m’emmènent voir Bibi, une petite fille de 8 ans qui a eu une méningite bactérienne il y a trois ans, qui est restée hospitalisée presque 1 an. Ils viennent de lui refermer sa trachéotomie alors il faut vérifier la cicatrisation. La majeure partie du temps, c’est le père qui s’en occupe, la mère est alcoolique et n’est pas bonne à grand-chose apparemment. Bibi a un bon handicap à la suite de sa maladie mais elle a beaucoup progressé, elle est très volontaire. Elle se tient assise, arrive à replier ses jambes, mais ne peut pas tenir dessus encore, il faut dire qu’elle est restée allongée très longtemps et elle bouge bien les bras. Elle parle peu (dit quelques mots simples) mais comprend tout, elle a un regard très vif et très intelligent. Elisabetta propose que je m’en occupe aussi. Le plus compliqué est d’instaurer la confiance, elle ne me connaît pas et la pauvre a déjà dû voir tellement de soignants… Heureusement que je ne me débrouille pas mal avec les enfants, au bout de quelques minutes, je peux la toucher et on peut même dire qu’elle apprécie ce que je lui fais :

Et bien pour une première journée, je suis vraiment contente mais épuisée !